Valérie a 36 ans . Elle est aujourd'hui remariée avec deux enfants, mais avant, elle a vécu sept ans avec un homme qui la trompait avec des hommes. Elle raconte.
J'ai vécu sept ans avec un homosexuel. Sans le savoir ou sans vouloir le voir. Je ne vous dirais pas son prénom, ni son nom: il est journaliste télé , tout le monde le reconnaîtrait.
Aucun trace de féminité et cependant tous les signes d’appartenance à la communauté gay: un appartement dans le Marais, une fascination pour Sydney en Australie, une des villes gay friendly avec San Francisco. Il était un fan absolu de Dalida dont j’ai appris depuis qu’elle était une icône gay. Et il détestait mon meilleur ami, un homo qui aurait pu le mettre à jour.
Je l’ai connu en 1993, j’étais étudiante. A notre premier dîner, surprise: il arrive au restaurant avec un ami. Deuxième dîner, même chose, mais avec un autre garçon. Pour le troisième dîner, je lui demande de venir seul. C’est ce soir-là qu’on a fait l’amour la première fois.
Il n'était pas du tout sensuel. Je me disais qu'il était un mauvais amant, sans me poser plus de questions. Ce n'est pas que je ne prenais aucun plaisir, attention: c'était agréable, mais c’est tout, je ne grimpais pas aux rideaux. Après, longtemps aprés, quand nous nous sommes quittés, je lui ai dit que je n'avais jamais eu d'orgasme avec lui. Il en a été horriblement vexé et furieux.
J’avais vingt-quatre ans. Lui, huit de plus et pour être honnête, le sexe n’était pas ce qui m’intéressait le plus à l’époque. J’aimais son appartement du Marais, une sorte de caverne pleine de livres, du sol au plafond. Il partait en reportage au Rwanda ou en Bosnie et en revenant, il me racontait tout. C’était passionnant. J’aimais qu’il m’apprenne des choses, qu’il m’aide à réfléchir. Il me servait un peu de pygmalion, le reste je passais dessus.
« Il faut que ce soit clair» me disait-il « la vie quotidienne, mes caleçons à côté de tes petites culottes, tout ça, je ne supporte pas. ….» Moi je vivais dans un studio , dans le 7 ème , il m’assurait qu’il ne se marierait jamais. En fait , ça m’excitait, je me disais: « celui-là, je vais le mater ». Il aimait ma gaîté , ma joie de vivre. Au bout d’un an. Il me dit :« Bon on va se fiancer.» J’avais gagné. J’ai dit oui.
On s’est mariés l’été 97. A l’église, tout comme il faut.
Je crois que si, alors , il m’avait dit: « Ecoute Valérie, j’ai un passé homo mais je t’ai rencontrée, on s’est mariés devant Dieu et je veux maintenant qu’on fasse un bout de chemin ensemble , » ça aurait été différent, j’aurais compris. Mais non, il n’ a jamais pu m’avouer qu’il était homo ou bi. Et ce qui me déplait c’est ça, pas tellement qu’il aime les garçons, mais qu’il me trompe, qu’il me mente, qu’il m’ait menti toutes ces années !
On part en voyage de noces au Zimbabwé. J’emménage dans son appartement, j’étais heureuse. Un jour, je reviens d’un déplacement professionnel , je trouve un dim’ up dans le panier a linge sale. Je ne porte jamais de bas, ça descend, je ne trouve pas ça confortable. Ma première idée: « il me trompe! ». Le soir, je lui en parle: « Je ne sais pas ce que c’est. Demande à la femme de ménage, c’est peut-être être à elle… » Il me dit ça avec une telle sincérité!
L’été d’après, on va en vacances aux Antilles. Un matin, je vais chercher de la crème solaire dans la chambre. Son portefeuille tombe de sa veste . Une photo en sort, découpée dans un magazine. Elle représente un homme sous la douche en train de se donner du plaisir « Qu’est ce que c’est que ça? » « Rien. Ce n’est pas à moi…» Il était comme un petit garçon pris en faute: «Je te jure!»
Il pouvait être à la fois infantile et cynique. Avec un côté méprisant, cassant. Il ne voulait m’offrir que des livre . Chaque fois qu’il partait en reportage, il m’en laissait une pile: « lis-les, je t’interrogerai à mon retour ! » Et quand il allait dîner avec ses copains, il me disait: « je ne t’invite pas, tu ne comprendrais rien à la conversation ….»
Je voyais un psy depuis un an. Je n’abordais pas ce problème d’homosexualité pendant mes séances puisque je ne me doutais de rien, je ne comprenais rien. Il me conseillait de quitter mon mari. Pour lui, la manière dont il me parlait, c’était de la maltraitance! Il y avait un autre problème, nous voulions absolument un enfant et nous n’ y arrivions pas. J’avais fait des échographies ,des examens sanguins, je savais que de mon côté, tout allait bien. Je l’ai convaincu de faire des analyses. Les résultats arrivent: son spermogramme n’était pas bon, ça l’a rendu fou, il est devenu tout à fait insupportable.
On a fait trois tentatives d’insémination artificielle. Les trois ont échoué. La troisième fois, en juin 2000, je le vivais tellement mal que je n’arrêtais pas de pleurer. Et alors que j’avais vraiment besoin de lui, il décide de partir une nouvelle fois en voyage, aux Antilles. Me laissant dans la seule compagnie de mes deux chats. Avec ma tristesse , ma solitude.
Un soir , je l’appelle à Saint-Domingue, ça allait mal, je lui dis: « je n’en peux plus , je te quitte. » Il me répond: « arrête tes caprices ! » Je raccroche. Je pars . Le jour de son retour, je vais quand même l’acceuillir. Il était six heures du matin , j ’étais devant l’immeuble. Il sort du taxi, il me voit. Il avait un regard comme il n’avait jamais eu, très aimant, comme si la peur que je le quitte , d’un seul coup le faisait m’aimer . « Je ne veux pas que tu partes », me dit- il « Mais je suis déjà partie ». « Je ne peux pas vivre sans toi. Donnes-moi encore une chance …..» Je l’ ai accompagné a l’appartement. Quand il a vu que j’avais pris toutes mes affaires, mes objets, mes vêtements d’été et d’hiver, il a pété un câble. « Tu n’ es plus la femme que j’aimais. Ce mariage a été une erreur. Fiches le camp ! ».
Les semaines qui ont suivi, c’est devenu très douloureux. Il essayait de me rattraper, il m’envoyait des roses rouges. Un soir, je cède, je reviens, nous refaisons l’amour. Il me disait qu’il m’aimait, qu’il souffrait. Ca a été la dernière fois, après chacun a pris un avocat, il est devenu carrément odieux et ça a été une terrible bagarre, notamment pour des petites cuillères en argent qu’il m’ accusait de lui avoir volées. Et puis , un jour je tombe sur des photos de lui nu, en train de nager aux Antilles, avec un autre homme. Il n’y avait plus d’ équivoque. Mais bien sur, il était gay! Il s’était bien foutu de moi!
Je pose des questions autour de moi. « Tu sais au journal tout le monde savait qu’il était homo…» me dit –on. Mais alors pourquoi ne m’avait-on rien dit à moi ? Je me sentais la cruche de service, la naïve, la pauvre fille.
J’ai rencontré celui qui est actuellement mon mari deux mois après notre séparation. En Novembre 2000. Pendant le divorce, il était là, avec moi, tout le temps . Il me soutenait. Un homme splendide. Trois ans de moins que moi. Vraiment intelligent, lui. Avec l’intelligence du cœur.
Quand tout ça a été fini, il m’a offert une magnifique bague de fiançailles. Maintenant, il dirige une société de conseil, il a un super salaire, mais à ce moment-là, il finissait son service militaire, il n’avait pas un sou.
On s’est mariés en 2003, à la mairie. J’ai arrêté la pilule.Trois mois après, j’étais enceinte. J’ai revendu sur E-Bay la robe blanche que je portais a mon premier mariage . Je me suis débarrassée de toutes les photos avec lui. J’ai eu deux enfants en trois ans. Une fille puis un garçon et je peux dire qu’ aujourd’hui je suis vraiment heureuse.. D’autant que professionnellement, je réussis très bien.
Aujourd’hui, je dirais que mon premier mari était un homosexuel non déclaré qui voulait faire sa vie comme un hétéro. Et qu’il a tout raté ! Je ne sais pas ce qu’il est devenu et je m’en fous. On me dit qu’il est maintenant complètement homo. Mais qu’il fasse ce qu’il veut!
Cette histoire, mon mari et moi , maintenant on en rit. Mais je vous assure, ça a été dur. Pendant sept ans, j’ai vraiment porté ma croix.
ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber
samedi 9 février 2008
mardi 5 février 2008
C'est mon histoire : « entre les trois mon coeur balance"
Elle ne peut pas se passer de Simon, son amant. Ni de d’ Arnaud, son « coup de foudre »….Le problème c’est qu’elle est mariée avec Pierre-André et qu’elle ne veut pas divorcer . Plongée dans l’adultère jusqu’au cou, Corinne, 38 ans, ne sait plus comment en sortir.
Je m’étais toujours dit que je ne mettrais jamais en péril mon couple avec des aventures. Et voilà que je suis plongée dans l’adultère jusqu’au cou …
Je suis mariée depuis quinze ans. J’habite un petit village à dix kilomètres d’une grande métropole de province. J'ai une vie professionnelle très remplie, intéressante socialement. Je suis commerciale
dans l’immobilier depuis 1995, fidèle au même patron, un des plus prestigieux employeurs du secteur. J'ai 2 magnifiques enfants, un fils en CM1, une fille en CE1. Et un mari que j’aime. Mais j’ai aussi deux amants et ma vie est devenue si compliquée que je me sens complètement perdue.
J’ai connu mon mari très tôt. A 17 ans. Je suis partie rapidement de la maison, mon père était strict, trop rigide. De 1992 où je l’ai épousé Pierre-André à novembre 2002, il n’y a eu que lui. J’aimais vivre en couple, je m’interdisais toute aventure. Mais mon fils est né et ça a été une révolution. J’avais 28 ans. Soudain, j’en avais marre d’être dans le moule, d’être la bonne fille , la bonne épouse , la bonne mère. La femme modèle. Je voulais vivre plus pour moi. Pierre-André était d’une jalousie maladive . Chaque fois que j’allais a un dîner ou que j’avais un déplacement, c’était de terribles crises de jalousie. Comme du harcèlement Deux ans après ,on était en 200O, ma fille est née. Je me suis un peu calmée. Mais le fait que je travaille , dans un milieu d’hommes surtout, continuait a poser un problème à Pierre-André. Comme s’il craignait de perdre le contrôle de notre vie...
J’ai toujours mieux réussi que mon mari . Il est dans la vente aussi.En apparence, c’est un homme sûr de lui. Il est beau. Il plait beaucoup. Mais il n’est pas stable. Il a connu plusieurs boites. L’an dernier, il était encore aux assedic pendant 5 mois. Dans mon milieu , les gens ont beaucoup d’aventures . Je lui racontais les autres couples, les coucheries autour de moi, ce qui se passait dans mon travail a moi. Je n’aurais pas dû , ça le faisait encore plus gamberger . Il s’imaginait le pire et forcément, le pire est arrivé.
Simon est plutôt petit, très maigre, le front dégarni . Il est largement moins bien physiquement que Pierre André…. On travaillait ensemble. Lui à Paris , moi dans ma ville. Mais toujours en lien , au téléphone ou par mails. Très pro et très complices . En janvier 2003, pendant un séminaire de travail, on se retrouve dans une chambre d’ hôtel et c’est le début d'une passion amoureuse qui depuis n’a jamais cessé. Il est marié lui aussi. Il connaît tout de ma vie. Je connais tout de la sienne. Entre nous, jamais une engueulade. Ce qui est étrange, c’est que c’est avec mon mari que les relations sont passionnelles. Avec Simon, c’est serein, reposant , agréable. Enrichissant.
En 2004, j’étais toujours aussi folle de lui, comme droguée au sexe, dopée aux émotions. Et c’est a ce moment là que j’ai eu cette autre aventure avec Arnaud ….C’était à une soirée, un dîner, une tres grosse opération de notre société. Homard . Champagne .ETc. Et lui, là, en face de moi . Cet homme très blond , les yeux très verts. Il s’appelait Arnaud . Je le regardais . Je degoulinais de désir . Un coup de foudre . Un truc physique qui m’empéchait soudain de réfléchir. Complètement incontrolable . Simon et Pierre-André n’existaient plus. Je me suis laissée embarquer. J'ai passé une nuit folle, magique. Pierre-André essayait de me joindre, je m’en foutais.
Je suis rentrée au petit matin , je n’avais encore jamais découchée. Il était inquiet, il n’avait pas dormi de la nuit. J’arrive. Un signal sur mon portable. J’avais déjà un SMS d’Arnaud: « c’était fabuleux.Tu me manques déjà ». J’ai tout dit à Pierre-André . Tout. Enfin, ce qui venait de se passer, pas mon histoire avec Simon ! Il s’est mis en colère et la crise a duré jusqu’au jusqu’en août. J’ai revu Arnaud. Tout le monde autour de moi l’a su . Mes parents avaient peur qu’on se sépare mais ils ne m’ont à aucun moment jugée, condamnée. « Tu dois avoir tes raisons ». Mon père était si ému . Il m’a dit des choses très personnelles qui m’ont touchée. Et puis peut a peu tout est rentré dans l’ordre. Si l’on peut dire.
Pierre-André, mon mari ne savait rien de mon histoire avec Simon. Aujourd’hui encore, il n’est pas au courant….. En 2004, au moment d’Arnaud , j’ai eu envie de tout lui dire ,de tout lâcher. Impossible . On a beaucoup parlé mais pas de ça. Il est allé voir quelqu’un, un psy . Moi je parlais aussi avec Simon. Comme je le dis , lui c’est ma bouée de sauvetage. Il comprend tout. Il ne me demande rien , sinon d’être là… Si aujourd’hui je lui disais : « On part ensemble, tu es d’accord ? « Il viendrait. Il me le répète souvent.
J’ai déjà envisagé de quitter Pierre-André bien sûr , mais je ne peux pas, tout simplement pas, imaginer une séparation . Je crois au couple, à la famille . La vie est remplie de gens qui se séparent .Moi je ne veux pas vivre ça. Je veux tenir . Même si c’est dur . Même si parfois Simon ne suffit plus non plus et que je vais retrouver Arnaud. Même si je vis tout ça mal , que souvent je me sens sale. J’ai honte. Oui j’ai honte parfois . Je ne me sens pas a la hauteur des espérances que j’avais mises dans ma vie.
J’ai 38 ans. Pierre André, 40 dans quelques jours. Je ne veux pas détruire tout ce qu’on a construit ensemble . Ma famille. Mon rêve. Simon me comprend. Il me propose qu’on vive tout ça sereinement. J’aimerais mais je suis une affective et c’est si compliqué de toujours mentir . C e secret est si lourd ! Tout dire à Pierre-André pour Simon ? Il ne le supporterait pas ! Il m’a pardonné l’histoire Arnaud , il est moins jaloux maintenant , il me laisse plus de liberté et notre couple est différent de qu’il était avant. Plus solide , je crois . Mais je ne veux pas risquer de repartir dans la crise. Alors , daccord , je pourrais me dire que c’est une chance pour moi de vivre entre deux hommes très amoureux . Deux types bien . Et un autre Arnaud, mon coup de foudre, que je ne peux pas m’empêcher non plus de voir de temps en temps, sans que ça prête a conséquence. Je me dis ça mais juste après je regarde Pierre -André . Il est tellement entier lui, tellement peu dans la duplicité . Ce n’est pas possible , je ne veux plus le faire souffrir . Aujourd’hui entre nous la confiance est restée . Ou alors si elle était partie a un moment, elle est revenue. Est ce qu’ il s’inquiète encore? En tous cas il ne me le dit pas . Il prend sur lui. Autant a l’époque où il était si jaloux que c’en était insupportable , ça ne m’aurait pas génée de le faire souffrir, autant maintenant, non . Il s’est remis en question, il a fait des efforts. Il cherche tout le temps à ce qu’on soit mieux ensemble . Je ne veux pas casser ça.
J’aimerais revenir à une vie plus tranquille avec lui. Mais est-ce que c’est possible ? Je n’arrive jamais a couper net avec Simon , à me dépatouiller de lui , c’est une vraie torture parfois . Depuis deux semaines , je pense a changer de boulot. Pour ne plus le voir …..Pierre-André a un rêve lui . Qu’on parte habiter dans le sud , travailler là bas . Il aime les sports aquatiques. Il se verrait bien faire du surf le matin avant d’aller au bureau .Partir,c’est peut être une solution. J’hésite . Il m’arrive de me dire aussi que j’ aime cette situation , que je l’ai cherchée que ça met du piment dans ma vie de bobo de province qui autrement en serait sacrément dépourvue . Peut-être même est-ce que je ne pourrais pas vivre sans tous ces hommes autour de moi. Peut-être est-ce que je suis plus attirée par le secret que je ne le crois . Que c’est cela qui m’émeut, qui m’excite. La transgression. L’interdit. Les rendez vous furtifs. Cette vie parallèle dont je ne peux parler à personne .Et ce secret , certains jours , si lourd à porter.
ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber
Je m’étais toujours dit que je ne mettrais jamais en péril mon couple avec des aventures. Et voilà que je suis plongée dans l’adultère jusqu’au cou …
Je suis mariée depuis quinze ans. J’habite un petit village à dix kilomètres d’une grande métropole de province. J'ai une vie professionnelle très remplie, intéressante socialement. Je suis commerciale
dans l’immobilier depuis 1995, fidèle au même patron, un des plus prestigieux employeurs du secteur. J'ai 2 magnifiques enfants, un fils en CM1, une fille en CE1. Et un mari que j’aime. Mais j’ai aussi deux amants et ma vie est devenue si compliquée que je me sens complètement perdue.
J’ai connu mon mari très tôt. A 17 ans. Je suis partie rapidement de la maison, mon père était strict, trop rigide. De 1992 où je l’ai épousé Pierre-André à novembre 2002, il n’y a eu que lui. J’aimais vivre en couple, je m’interdisais toute aventure. Mais mon fils est né et ça a été une révolution. J’avais 28 ans. Soudain, j’en avais marre d’être dans le moule, d’être la bonne fille , la bonne épouse , la bonne mère. La femme modèle. Je voulais vivre plus pour moi. Pierre-André était d’une jalousie maladive . Chaque fois que j’allais a un dîner ou que j’avais un déplacement, c’était de terribles crises de jalousie. Comme du harcèlement Deux ans après ,on était en 200O, ma fille est née. Je me suis un peu calmée. Mais le fait que je travaille , dans un milieu d’hommes surtout, continuait a poser un problème à Pierre-André. Comme s’il craignait de perdre le contrôle de notre vie...
J’ai toujours mieux réussi que mon mari . Il est dans la vente aussi.En apparence, c’est un homme sûr de lui. Il est beau. Il plait beaucoup. Mais il n’est pas stable. Il a connu plusieurs boites. L’an dernier, il était encore aux assedic pendant 5 mois. Dans mon milieu , les gens ont beaucoup d’aventures . Je lui racontais les autres couples, les coucheries autour de moi, ce qui se passait dans mon travail a moi. Je n’aurais pas dû , ça le faisait encore plus gamberger . Il s’imaginait le pire et forcément, le pire est arrivé.
Simon est plutôt petit, très maigre, le front dégarni . Il est largement moins bien physiquement que Pierre André…. On travaillait ensemble. Lui à Paris , moi dans ma ville. Mais toujours en lien , au téléphone ou par mails. Très pro et très complices . En janvier 2003, pendant un séminaire de travail, on se retrouve dans une chambre d’ hôtel et c’est le début d'une passion amoureuse qui depuis n’a jamais cessé. Il est marié lui aussi. Il connaît tout de ma vie. Je connais tout de la sienne. Entre nous, jamais une engueulade. Ce qui est étrange, c’est que c’est avec mon mari que les relations sont passionnelles. Avec Simon, c’est serein, reposant , agréable. Enrichissant.
En 2004, j’étais toujours aussi folle de lui, comme droguée au sexe, dopée aux émotions. Et c’est a ce moment là que j’ai eu cette autre aventure avec Arnaud ….C’était à une soirée, un dîner, une tres grosse opération de notre société. Homard . Champagne .ETc. Et lui, là, en face de moi . Cet homme très blond , les yeux très verts. Il s’appelait Arnaud . Je le regardais . Je degoulinais de désir . Un coup de foudre . Un truc physique qui m’empéchait soudain de réfléchir. Complètement incontrolable . Simon et Pierre-André n’existaient plus. Je me suis laissée embarquer. J'ai passé une nuit folle, magique. Pierre-André essayait de me joindre, je m’en foutais.
Je suis rentrée au petit matin , je n’avais encore jamais découchée. Il était inquiet, il n’avait pas dormi de la nuit. J’arrive. Un signal sur mon portable. J’avais déjà un SMS d’Arnaud: « c’était fabuleux.Tu me manques déjà ». J’ai tout dit à Pierre-André . Tout. Enfin, ce qui venait de se passer, pas mon histoire avec Simon ! Il s’est mis en colère et la crise a duré jusqu’au jusqu’en août. J’ai revu Arnaud. Tout le monde autour de moi l’a su . Mes parents avaient peur qu’on se sépare mais ils ne m’ont à aucun moment jugée, condamnée. « Tu dois avoir tes raisons ». Mon père était si ému . Il m’a dit des choses très personnelles qui m’ont touchée. Et puis peut a peu tout est rentré dans l’ordre. Si l’on peut dire.
Pierre-André, mon mari ne savait rien de mon histoire avec Simon. Aujourd’hui encore, il n’est pas au courant….. En 2004, au moment d’Arnaud , j’ai eu envie de tout lui dire ,de tout lâcher. Impossible . On a beaucoup parlé mais pas de ça. Il est allé voir quelqu’un, un psy . Moi je parlais aussi avec Simon. Comme je le dis , lui c’est ma bouée de sauvetage. Il comprend tout. Il ne me demande rien , sinon d’être là… Si aujourd’hui je lui disais : « On part ensemble, tu es d’accord ? « Il viendrait. Il me le répète souvent.
J’ai déjà envisagé de quitter Pierre-André bien sûr , mais je ne peux pas, tout simplement pas, imaginer une séparation . Je crois au couple, à la famille . La vie est remplie de gens qui se séparent .Moi je ne veux pas vivre ça. Je veux tenir . Même si c’est dur . Même si parfois Simon ne suffit plus non plus et que je vais retrouver Arnaud. Même si je vis tout ça mal , que souvent je me sens sale. J’ai honte. Oui j’ai honte parfois . Je ne me sens pas a la hauteur des espérances que j’avais mises dans ma vie.
J’ai 38 ans. Pierre André, 40 dans quelques jours. Je ne veux pas détruire tout ce qu’on a construit ensemble . Ma famille. Mon rêve. Simon me comprend. Il me propose qu’on vive tout ça sereinement. J’aimerais mais je suis une affective et c’est si compliqué de toujours mentir . C e secret est si lourd ! Tout dire à Pierre-André pour Simon ? Il ne le supporterait pas ! Il m’a pardonné l’histoire Arnaud , il est moins jaloux maintenant , il me laisse plus de liberté et notre couple est différent de qu’il était avant. Plus solide , je crois . Mais je ne veux pas risquer de repartir dans la crise. Alors , daccord , je pourrais me dire que c’est une chance pour moi de vivre entre deux hommes très amoureux . Deux types bien . Et un autre Arnaud, mon coup de foudre, que je ne peux pas m’empêcher non plus de voir de temps en temps, sans que ça prête a conséquence. Je me dis ça mais juste après je regarde Pierre -André . Il est tellement entier lui, tellement peu dans la duplicité . Ce n’est pas possible , je ne veux plus le faire souffrir . Aujourd’hui entre nous la confiance est restée . Ou alors si elle était partie a un moment, elle est revenue. Est ce qu’ il s’inquiète encore? En tous cas il ne me le dit pas . Il prend sur lui. Autant a l’époque où il était si jaloux que c’en était insupportable , ça ne m’aurait pas génée de le faire souffrir, autant maintenant, non . Il s’est remis en question, il a fait des efforts. Il cherche tout le temps à ce qu’on soit mieux ensemble . Je ne veux pas casser ça.
J’aimerais revenir à une vie plus tranquille avec lui. Mais est-ce que c’est possible ? Je n’arrive jamais a couper net avec Simon , à me dépatouiller de lui , c’est une vraie torture parfois . Depuis deux semaines , je pense a changer de boulot. Pour ne plus le voir …..Pierre-André a un rêve lui . Qu’on parte habiter dans le sud , travailler là bas . Il aime les sports aquatiques. Il se verrait bien faire du surf le matin avant d’aller au bureau .Partir,c’est peut être une solution. J’hésite . Il m’arrive de me dire aussi que j’ aime cette situation , que je l’ai cherchée que ça met du piment dans ma vie de bobo de province qui autrement en serait sacrément dépourvue . Peut-être même est-ce que je ne pourrais pas vivre sans tous ces hommes autour de moi. Peut-être est-ce que je suis plus attirée par le secret que je ne le crois . Que c’est cela qui m’émeut, qui m’excite. La transgression. L’interdit. Les rendez vous furtifs. Cette vie parallèle dont je ne peux parler à personne .Et ce secret , certains jours , si lourd à porter.
ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber
C'est mon histoire : « Ma psy m’a sauvé la vie… »
C’était il y a trois ans: Sonia, maigrissait et dépérissait sans arriver à comprendre ce qui n’allait pas dans sa vie. Et puis elle a rencontré Marie, une psychiatre avec qui elle a fait une thérapie. Aujourd’hui, elle a trente-cinq ans et elle va bien . Elle raconte .
Elle s'appelle Marie. Elle est psychiatre. Sans elle, je ne serais plus là.
La première fois que je suis entrée dans son cabinet, j'étais en vrac. J’avais 32 ans . J’étais assistante sociale. J’avais ma maison. Apparemment, tout allait bien. Pourtant je ne supportais plus ma vie. Mes deux meilleures amies se mariaient. En face de leur projet couple-famille-bébé, je me sentais encore plus seule. Pour moi l’anorexie était une forme de réponse, de protestation. Je ne pesais plus que 45 kilogs. J'avais des insomnies épouvantables. Le visage vide. J’étais déjà allé voir un psy, un homme. Au bout de trois séances, j’avais arrêté. Je n’avais pas l’impression qu’il entendait ma souffrance. Le jour de la Saint-Valentin, j’ai fait un malaise en pleine rue. J’entendais les passants autour crier : « Le samu ! Le samu ! » Je me disais: enfin, on va s’occuper de moi. Je me suis reveillée à l’hôpital. Dans une chambre toute blanche, monacale. A ma gauche, une perf’. A ma droite, un electrocardiogramme. C’est là que tout s’est joué. En une seconde. Je me suis dit: ou je me laisse couler ou je me bats. Et j’ai choisi le camp de la vie.
Tout ça se passait il y a trois ans. Après l’hôpital, je n’avais plus le choix, il fallait que j’entame une thérapie. Je me suis retrouvée en face de Marie un vendredi soir, à 18 heures. Je vis dans l’Est de la France , un pays de montagne. Elle habitait à une heure de voiture de chez moi. C’était loin. Marie est une femme élégante, aux cheveux courts. Blonde . Avec des lunettes. Dans les 40,45 ans. Dés que je l’ai vue, je me suis sentie à l’aise. « Qu’est-ce- qui vous amène ? » « Ca ne va pas mais je ne sais pas pourquoi…» Je lui ai dit que j’étais ce genre de fille qu’on vient toujours voir pour lui demander un service et qu’on vampirise parce qu’elle ne sait pas dire non . Je lui ai dit que je ne rencontrais que des hommes qui me manipulaient , m’ humiliaient ou me trompaient. Je lui ai dit que je me sentais anormale parce que je ne voulais pas d’ enfant. En une demi-heure, je lui ai tout balancé. Mon père de qui je me sentais si proche mais qui m’envahissait. Ma mère que j’adorais mais qui ne m’avait jamais embrassée. A la fin, elle m’a dit: « écoutez on va détricoter tout ça… »
Je suis sortie de son bureau soulagée. Je me disais:« Ca y est, il va enfin se passer quelque chose. »
Je ne me sentais entendue. Et pas jugée. Je la retrouvais tous les vendredi soirs à 18 heures. J’étais sa dernière patiente de la semaine . Avec elle, j’ai commencé à décrypter mes comportements, à mieux écouter mon corps. J’avais tout le temps mal au ventre. La première fois que je lui ai parlé de ça, elle m’a dit : « rappelez vous: tu enfanteras dans la douleur… ». Je découvrais que je ne m’ étais jamais autorisée à avancer mes goûts,mes points de vue,à affirmer mes ambitions, . J’avais étouffé toutes mes envies,mes désirs,mes rêves . J’avais tout le temps nié mes émotions. Et , pour quoi? Pour être aimée!!!! Je me racontais devant elle et au fur et a mesure je me sentais devenir plus intelligente. C’était dur parfois . Mais elle était là et me rassurait. Elle me disait que j’étais sur la bonne voie .
J’ai commencé a re-manger. J’ai peu à peu repris du plaisir a croquer du chocolat. Je me suis autorisée à prendre du temps pour moi. A voyager. Je suis allée au Maroc. C’était mon premier voyage seule . Je suis allé a la Guadeloupe, de nouveau seule. Là , je me suis fait des amis. Un couple de l’âge de mes parents, des gens qui sont maintenant un peu comme mes deuxièmes parents. Je suis allée en Crète.
C’est la première année qui a été importante. Au boulot, avec mes amis, l’évolution était flagrante. La preuve : au bout de 18 mois, j’ai rencontré un homme . A la seconde où je ‘lai vu, j’ai su. Il était marié , mais je l’ai tout de même laissé m’approcher alors qu’avant quand quelqu’un me plaisait, je me drapais dans mes grands airs. Avec lui j’arrivais à exprimer mes sentiments , à dire: «tu me manques ». C’était nouveau. De l'amour, je ne connaissais jusque-là que la peur, la souffrance, l'attente, la frustration. Il a tout bousculé. Il a été celui qui a su m'émouvoir. Je me suis retrouvée nue devant lui,vulnérable, et pourtant si forte déjà. Il me révélait mon besoin d’être caressée , cajolée, embrassée. C’ était quelqu’un de tendre. Avec lui, j'ai pu commencer à m'octroyer du plaisir. Je parle de lui au passé parce qu’il était pris, qu’il a bien fallu que nous nous quittions. Mais ca s’est fait dans le respect . Dans l’honnèteté. Et ça m’a fait émerger un désir d’enfant très nouveau.
En trois ans je n’ai manqué aucun rendez vous avec Marie. Parfois elle me bousculait. Elle m’ incitait à me mettre en colère, à ne pas me laisser faire. Quand je revenais chez moi, le soir , après ma séance, souvent je sanglotais, seule , dans la nuit , sur ma route de montagne , au volant de ma voiture. Parce que je me comprenais de mieux en mieux. J’arrivais enfin à mettre des mots sur ma souffrance. J'ai beaucoup pleuré, c’est sûr . Mais j'ai ri, aussi. Comme je ne l'avais jamais fait. Un rire authentique. A un moment , comme ça, je n’ai plus pu communiquer avec ma mère . Un vrai rejet. Mon père m’appelait « ta mère veut te voir, elle n’est pas bien » me disait-il. « Moi pas ! »je lui répondais méchamment. Un jour ,après une reflexion que mon père m’a faite , je lui ai dit « merde » .Pour la première fois de ma vie. J’avais attendu toutes ces années pour pouvoir m’affirmer en face de lui.
Maintenant je vais bien. J’ai retrouvé un ami dont je crois que je suis en train de tomber amoureuse. Quand je lai revu, il m’a dit : « c’est incroyable comme tu as changée .. » Je lui ai répondu : « Non je n’ai pas changée , je me suis trouvée » « C’est vrai, tu es la même . Et en même temps tu es devenue une autre … » Il me plait tellement . Lui aussi fait une thérapie , c’est peut-être pour ça qu’on se comprend…. Aujourd’hui je me sens prète. A partager ma vie avec quelqu’un . Comme à porter un enfant. Finalement, je crois que c’était plutôt bien que je n’ai pas eu envie d‘enfant plus tôt. Je lui aurais sûrement transmis toutes mes douleurs, et toutes les douleurs de ma mère. C’est ce que j’ai découvert avec Marie. Ce lien névrotique que j’entretenais avec elle. Ma mère a vécu des choses dures . Elle avait 17 ans quand elle est tombée enceinte de moi. Ses parents l’ont jetée de chez eux et elle a dù trouver refuge chez les parents mon père. Ce traumatisme qu’elle a enduré , cette douleur, cette honte autour de ma naissance, je crois que je les avais intériorisés . Quand j’étais petite , ma mère ne m’embrassait jamais . Elle ne me faisait pas de calin non plus. Quand j’étais malade, c’est mon père qui était là , toujours là, à mon chevet .Ma mère n’avait jamais été calinée dans son enfance, elle non plus. Ma thérapie nous a permis de parler de tout ça, elle et moi . De nous retrouver . De nous trouver enfin . Maintenant, entre nous, tout est changé. On a appris à faire des choses ensemble , les magasins, du sport . On parle. Elle m’envoie des textos. Des Bisous par téléphone . C’est si nouveau, si bon . A plus de 50 ans , elle revit . En même temps que moi je revis.
Je suis restée trois ans en thérapie. Je voulais arrêter le jour de mon 35 ème anniversaire. Le 3 novembre dernier. Lors de cette dernière séance, j’ai fait avec Marie une sorte de bilan. Elle m’a dit que j’avais été courageuse Je lui ai répondu que j’avais eu de la chance de la trouver.A la fin de la séance, je l’ai sentie émue. Et j’avais envie de pleurer, mais de joie. Je mesurais le chemin parcouru. J’étais passée à coté de moi durant de trop longues années. Grâce a elle, je m’étais rebranchée sur moi . Je m’étais réconciliée avec moi-même.
ELLE . 2007. Propos recueillis par Antoine Silber
Elle s'appelle Marie. Elle est psychiatre. Sans elle, je ne serais plus là.
La première fois que je suis entrée dans son cabinet, j'étais en vrac. J’avais 32 ans . J’étais assistante sociale. J’avais ma maison. Apparemment, tout allait bien. Pourtant je ne supportais plus ma vie. Mes deux meilleures amies se mariaient. En face de leur projet couple-famille-bébé, je me sentais encore plus seule. Pour moi l’anorexie était une forme de réponse, de protestation. Je ne pesais plus que 45 kilogs. J'avais des insomnies épouvantables. Le visage vide. J’étais déjà allé voir un psy, un homme. Au bout de trois séances, j’avais arrêté. Je n’avais pas l’impression qu’il entendait ma souffrance. Le jour de la Saint-Valentin, j’ai fait un malaise en pleine rue. J’entendais les passants autour crier : « Le samu ! Le samu ! » Je me disais: enfin, on va s’occuper de moi. Je me suis reveillée à l’hôpital. Dans une chambre toute blanche, monacale. A ma gauche, une perf’. A ma droite, un electrocardiogramme. C’est là que tout s’est joué. En une seconde. Je me suis dit: ou je me laisse couler ou je me bats. Et j’ai choisi le camp de la vie.
Tout ça se passait il y a trois ans. Après l’hôpital, je n’avais plus le choix, il fallait que j’entame une thérapie. Je me suis retrouvée en face de Marie un vendredi soir, à 18 heures. Je vis dans l’Est de la France , un pays de montagne. Elle habitait à une heure de voiture de chez moi. C’était loin. Marie est une femme élégante, aux cheveux courts. Blonde . Avec des lunettes. Dans les 40,45 ans. Dés que je l’ai vue, je me suis sentie à l’aise. « Qu’est-ce- qui vous amène ? » « Ca ne va pas mais je ne sais pas pourquoi…» Je lui ai dit que j’étais ce genre de fille qu’on vient toujours voir pour lui demander un service et qu’on vampirise parce qu’elle ne sait pas dire non . Je lui ai dit que je ne rencontrais que des hommes qui me manipulaient , m’ humiliaient ou me trompaient. Je lui ai dit que je me sentais anormale parce que je ne voulais pas d’ enfant. En une demi-heure, je lui ai tout balancé. Mon père de qui je me sentais si proche mais qui m’envahissait. Ma mère que j’adorais mais qui ne m’avait jamais embrassée. A la fin, elle m’a dit: « écoutez on va détricoter tout ça… »
Je suis sortie de son bureau soulagée. Je me disais:« Ca y est, il va enfin se passer quelque chose. »
Je ne me sentais entendue. Et pas jugée. Je la retrouvais tous les vendredi soirs à 18 heures. J’étais sa dernière patiente de la semaine . Avec elle, j’ai commencé à décrypter mes comportements, à mieux écouter mon corps. J’avais tout le temps mal au ventre. La première fois que je lui ai parlé de ça, elle m’a dit : « rappelez vous: tu enfanteras dans la douleur… ». Je découvrais que je ne m’ étais jamais autorisée à avancer mes goûts,mes points de vue,à affirmer mes ambitions, . J’avais étouffé toutes mes envies,mes désirs,mes rêves . J’avais tout le temps nié mes émotions. Et , pour quoi? Pour être aimée!!!! Je me racontais devant elle et au fur et a mesure je me sentais devenir plus intelligente. C’était dur parfois . Mais elle était là et me rassurait. Elle me disait que j’étais sur la bonne voie .
J’ai commencé a re-manger. J’ai peu à peu repris du plaisir a croquer du chocolat. Je me suis autorisée à prendre du temps pour moi. A voyager. Je suis allée au Maroc. C’était mon premier voyage seule . Je suis allé a la Guadeloupe, de nouveau seule. Là , je me suis fait des amis. Un couple de l’âge de mes parents, des gens qui sont maintenant un peu comme mes deuxièmes parents. Je suis allée en Crète.
C’est la première année qui a été importante. Au boulot, avec mes amis, l’évolution était flagrante. La preuve : au bout de 18 mois, j’ai rencontré un homme . A la seconde où je ‘lai vu, j’ai su. Il était marié , mais je l’ai tout de même laissé m’approcher alors qu’avant quand quelqu’un me plaisait, je me drapais dans mes grands airs. Avec lui j’arrivais à exprimer mes sentiments , à dire: «tu me manques ». C’était nouveau. De l'amour, je ne connaissais jusque-là que la peur, la souffrance, l'attente, la frustration. Il a tout bousculé. Il a été celui qui a su m'émouvoir. Je me suis retrouvée nue devant lui,vulnérable, et pourtant si forte déjà. Il me révélait mon besoin d’être caressée , cajolée, embrassée. C’ était quelqu’un de tendre. Avec lui, j'ai pu commencer à m'octroyer du plaisir. Je parle de lui au passé parce qu’il était pris, qu’il a bien fallu que nous nous quittions. Mais ca s’est fait dans le respect . Dans l’honnèteté. Et ça m’a fait émerger un désir d’enfant très nouveau.
En trois ans je n’ai manqué aucun rendez vous avec Marie. Parfois elle me bousculait. Elle m’ incitait à me mettre en colère, à ne pas me laisser faire. Quand je revenais chez moi, le soir , après ma séance, souvent je sanglotais, seule , dans la nuit , sur ma route de montagne , au volant de ma voiture. Parce que je me comprenais de mieux en mieux. J’arrivais enfin à mettre des mots sur ma souffrance. J'ai beaucoup pleuré, c’est sûr . Mais j'ai ri, aussi. Comme je ne l'avais jamais fait. Un rire authentique. A un moment , comme ça, je n’ai plus pu communiquer avec ma mère . Un vrai rejet. Mon père m’appelait « ta mère veut te voir, elle n’est pas bien » me disait-il. « Moi pas ! »je lui répondais méchamment. Un jour ,après une reflexion que mon père m’a faite , je lui ai dit « merde » .Pour la première fois de ma vie. J’avais attendu toutes ces années pour pouvoir m’affirmer en face de lui.
Maintenant je vais bien. J’ai retrouvé un ami dont je crois que je suis en train de tomber amoureuse. Quand je lai revu, il m’a dit : « c’est incroyable comme tu as changée .. » Je lui ai répondu : « Non je n’ai pas changée , je me suis trouvée » « C’est vrai, tu es la même . Et en même temps tu es devenue une autre … » Il me plait tellement . Lui aussi fait une thérapie , c’est peut-être pour ça qu’on se comprend…. Aujourd’hui je me sens prète. A partager ma vie avec quelqu’un . Comme à porter un enfant. Finalement, je crois que c’était plutôt bien que je n’ai pas eu envie d‘enfant plus tôt. Je lui aurais sûrement transmis toutes mes douleurs, et toutes les douleurs de ma mère. C’est ce que j’ai découvert avec Marie. Ce lien névrotique que j’entretenais avec elle. Ma mère a vécu des choses dures . Elle avait 17 ans quand elle est tombée enceinte de moi. Ses parents l’ont jetée de chez eux et elle a dù trouver refuge chez les parents mon père. Ce traumatisme qu’elle a enduré , cette douleur, cette honte autour de ma naissance, je crois que je les avais intériorisés . Quand j’étais petite , ma mère ne m’embrassait jamais . Elle ne me faisait pas de calin non plus. Quand j’étais malade, c’est mon père qui était là , toujours là, à mon chevet .Ma mère n’avait jamais été calinée dans son enfance, elle non plus. Ma thérapie nous a permis de parler de tout ça, elle et moi . De nous retrouver . De nous trouver enfin . Maintenant, entre nous, tout est changé. On a appris à faire des choses ensemble , les magasins, du sport . On parle. Elle m’envoie des textos. Des Bisous par téléphone . C’est si nouveau, si bon . A plus de 50 ans , elle revit . En même temps que moi je revis.
Je suis restée trois ans en thérapie. Je voulais arrêter le jour de mon 35 ème anniversaire. Le 3 novembre dernier. Lors de cette dernière séance, j’ai fait avec Marie une sorte de bilan. Elle m’a dit que j’avais été courageuse Je lui ai répondu que j’avais eu de la chance de la trouver.A la fin de la séance, je l’ai sentie émue. Et j’avais envie de pleurer, mais de joie. Je mesurais le chemin parcouru. J’étais passée à coté de moi durant de trop longues années. Grâce a elle, je m’étais rebranchée sur moi . Je m’étais réconciliée avec moi-même.
ELLE . 2007. Propos recueillis par Antoine Silber
C'est mon histoire : « Mon amoureux en garde alternée ! »
Entre Pauline, 34 ans et Lucas, 37, ça n’allait plus du tout. Mais pour autant, ils ne voulaient pas se quitter. Alors pour préserver leur couple, ils ont inventé un système bien à eux: ils ne se voient plus qu’une semaine sur deux !
C’était un matin. On était dans la cuisine, on venait de s’engueuler. Il a reposé son bol de café, il m’a regardée et m’a dit: « Tu sais Pauline, j’ai bien réfléchi. Décidément que je n’aime pas l’homme que je suis devenu. » Là, il s’est arrêté , il a baissé la tête avant d’ ajouter: « Toi tu es quelqu’un de trop bien. Et moi, moi….Il ne faudrait pas qu’on se gâte, on mérite quand même mieux que ça tous les deux ! » C’est vrai , je ne le supportais plus , je ne me supportais plus moi non plus :je me trouvais revêche, désagréable. Il avait raison, il fallait qu’on trouve une solution. Si on continuait dans cette routine, dans le manque de désir , la frustration permanente, notre couple était foutu. C’est ce matin-là qu’on a vraiment commencé à réfléchir à la meilleure façon de le préserver.
Dans notre vie, en fait, ça se passait super bien tant qu’on n’habitait pas ensemble . Au début… Ca avait duré un an et demi, entre 1999 et 200O. Et puis j’étais tombée enceinte de Barthélémy . Il y avait eu notre installation avenue René Coty, dans le 14 ème. La naissance. Après, l’envie de faire l’amour avait complètement disparu. Il y avait eu les années crèche, puis l’entrée en maternelle, on ne cherchait plus du tout à se séduire, comme s’il n’y avait plus de désir. Je me disais : « je suis en train de le perdre » Il ne s’intéressait plus qu’ à Barth, ils formaient une sorte de clan tous les deux. Je rentrais le soir, ils étaient ensemble devant la télé , avachis dans le canapé. J’aurais aimé que Lucas me voit, qu’il me serve un verre. Mais non ! Je me vivais comme une exclue chez moi. Du coup, je lui parlais mal: « tu n’as rien d’autre à foutre que de regarder la télé ? » Et lui, pas mieux: « la télé c’est mon instrument de travail. tu ne peux pas comprendre ça ?»
Lucas et moi, on a des goûts, des rythmes diamétralement opposés. Lui, c’est un lent, un artiste, un procrastinateur. Moi je suis organisée, hyperactive , assez psycho-rigide. Il crée des sites Internet, il travaillait à la maison. Dans son bureau toujours en désordre , il y avait cinq ordinateurs. Il ne prévoyait jamais rien . Par exemple, je partais en déplacement , je revenais il n’y avait plus rien dans le frigo , plus de yaourts , plus d e pain en tranches . Moi j’aime que le frigo soit plein, ça me rassure. Je lui faisais remarquer qu’il n’avait pas fait les courses , il me répondait :« tu m’emmerdes avec tes reproches. » J’étais dans l’énervement permanent. Un jour il a dit : « j’en ai marre, je me casse. » Il a pris un de ses ordinateurs portables et il est parti 8 jours chez un copain réalisateur à la télé .
C’était l’an dernier , Barthélémy était encore a la maternelle. Pendant ces 8 jours , je n’ai jamais été aussi bien. Je me sentais soulagée. Je me regardais dans la glace , je me trouvais plus jolie . Je sortais au restaurant avec Marianne, ma meilleure amie , elle me disait : « mais quitte-le ». Moi : « non, Lucas, c’est mon homme !» N’empêche sans lui, j’étais plus cool. Il est revenu , son fils lui manquait trop. Il était un peu penaud, et moi, quand même bien contente.
Quand on est énervé par quelqu’un, il ne faut pas croire que ça va s’arranger. Ca ne s’arrange jamais . J’ai beaucoup réfléchi à tout ce qui nous énerve, je crois que je pourrais écrire une thèse: L’énervement dans le couple ; l’énervement des enfants ; l’énervement en famille… Donc l’énervement a continué. Et trois mois après bien sûr , il est reparti. Cette fois complètement . Il a loué un appartement tout prés de l’école de Barthélémy. Rue d’Alésia . Un studio. On était en mai 2006, il venait de toucher les dividendes d’un gros contrat, plus une avance sur le suivant. Au bout d’un mois, il me manquait tellement, j’avais envie qu’ il me touche, j’avais envie de retrouver son corps,de le sentir, qu’il me prenne, à sa manière : si lente, si douce, qu’il me fasse partir, comme si on dansait la samba.
On a décidé de partir ensemble en vacances,. L’été ,tout va toujours bien entre nous, je ne sais pas pourquoi, l’absence de stress, la chaleur…. On est allés à Hossegor et ça s’est génialement passé. A la rentrée, on a eu une grande discussion. Barthélémy ne posait aucun problème. Il entrait au CP, tout allait bien . Non, c’était nous le problème , comment rester ensemble tout en étant séparés? Pas question de se quitter, on continuait. Mais pas question non plus que rien ne change. On a décidé de ne plus dormir ensemble qu’ une semaine sur deux.
On a mis plusieurs semaines à mettre au point notre nouvelle vie. Ce serait lui qui viendrait dormir chez moi plutôt que l’inverse. Il serait une semaine chez moi, l’autre semaine dans son studio. Barthélémy serait avec moi en semaine et avec son père tous les week-ends. Moi , je travaille beaucoup , j’aime être seule le week-end , au calme. Je me fais un ciné le samedi. Ou deux a la file, ça j’adore.
On a donc inventé les semaines « avec » et les semaines « sans » . Les semaines « avec » , il est là et c’est génial . On est tous les trois comme avant. Sauf qu’ au bout de cinq, six jours , juste avant qu’on commence à s’énerver, il s’en va , il retourne dans son studio. Et puis les semaines « sans » où on est séparés et où Barthélemy va dormir chez lui le mardi soir. Parce que ces semaines là ,son père lui manque un peu .
On n’est pas dogmatiques: de temps en temps, moi aussi, je m’autorise une nuit chez lui. Je trouve ça exitant, exotique. C’est une liberté. L’autre jour, il m’ a invitée a dîner. Bart’ était chez sa grand ‘mère . Au dessert, ça devenait de plus en plus tendre, j’ai décidé de rester avec lui. Le lendemain, j’ai raconté à Barth que j’ avais dormi chez son père. « Il m’a dit de te faire plein de bisous ! » «Pourquoi il reste pas dormir à la maison papa?» «Ce n’est pas sa semaine et tu vois bien que quand il reste, on s’engueule tout le temps.» « oui, c’est vrai je n’aime pas quand vous vous attrapez!»
Notre grande victoire a été d’arriver à retrouver une vraie harmonie sexuelle .Mais ça a mis du temps…. Un soir, c’était en octobre dernier, il ne venait pas encore une semaine sur deux , il était passé voir Barth. J’avais fait la cuisine, un clafoutis aux prunes , il adore le clafoutis. Je lui ai dit de rester. Il était mignon, il était minuit. « Ca te fait plaisir, t’es sûre ? « « Oui » On n’avait pas fait l’amour depuis les vacances, il s’abandonnait, c’était si bon. J’ai passé la nuit à lui donner de l’ amour. C’est à ce moment- là qu’ on s’est vraiment retrouvés. La semaine d’après, il rapportait ses affaires de toilette et quelques chemises « Je vais être en garde alternée ! » a-t-il dit . C’est lui qui a trouvé la formule.
Ca fait sept mois maintenant et je crois qu’on ne pourrait plus revenir en arrière. Quand on me demande : « alors ta vie , c’est comment ? » Je réponds: « Le rêve. Comme au début. Mieux qu’au début, même…. » On est contents d’avoir réussi à surmonter cette crise , et c’est comme si notre couple s’en trouvait consolidé . Vivre séparément tout en restant ensemble, ça veut dire toujours faire attention à l’autre, ne jamais se perdre de vue, sans cesse se re-séduire , se re-conquérir. S’aimer encore plus, quoi ! Vivre seule, ça ne veut pas dire non plus fréquenter quelqu’un d’autre, moi, je n’ai pas envie d’un autre homme, je ne suis attachée qu’à lui, je n’en veux qu’ à son corps. Et lui n’a personne d’autre non plus , j’en suis a peu prés sûre ….
Tous les deux, on a retrouvé l’enthousiasme d’ être ensemble, la complicité. Le désir. Maintenant on se manque. Quand on ne se voit pas deux jours, il m’envoie des textos, des petits mots. Même quand on n’a rien à se dire , juste pour garder un contact. Un petit contact. Il a beaucoup d’attention, comme ça, de loin. C’est ce que j’aime.
ELLE. 2007. Propos recueillis par Antoine Silber
C’était un matin. On était dans la cuisine, on venait de s’engueuler. Il a reposé son bol de café, il m’a regardée et m’a dit: « Tu sais Pauline, j’ai bien réfléchi. Décidément que je n’aime pas l’homme que je suis devenu. » Là, il s’est arrêté , il a baissé la tête avant d’ ajouter: « Toi tu es quelqu’un de trop bien. Et moi, moi….Il ne faudrait pas qu’on se gâte, on mérite quand même mieux que ça tous les deux ! » C’est vrai , je ne le supportais plus , je ne me supportais plus moi non plus :je me trouvais revêche, désagréable. Il avait raison, il fallait qu’on trouve une solution. Si on continuait dans cette routine, dans le manque de désir , la frustration permanente, notre couple était foutu. C’est ce matin-là qu’on a vraiment commencé à réfléchir à la meilleure façon de le préserver.
Dans notre vie, en fait, ça se passait super bien tant qu’on n’habitait pas ensemble . Au début… Ca avait duré un an et demi, entre 1999 et 200O. Et puis j’étais tombée enceinte de Barthélémy . Il y avait eu notre installation avenue René Coty, dans le 14 ème. La naissance. Après, l’envie de faire l’amour avait complètement disparu. Il y avait eu les années crèche, puis l’entrée en maternelle, on ne cherchait plus du tout à se séduire, comme s’il n’y avait plus de désir. Je me disais : « je suis en train de le perdre » Il ne s’intéressait plus qu’ à Barth, ils formaient une sorte de clan tous les deux. Je rentrais le soir, ils étaient ensemble devant la télé , avachis dans le canapé. J’aurais aimé que Lucas me voit, qu’il me serve un verre. Mais non ! Je me vivais comme une exclue chez moi. Du coup, je lui parlais mal: « tu n’as rien d’autre à foutre que de regarder la télé ? » Et lui, pas mieux: « la télé c’est mon instrument de travail. tu ne peux pas comprendre ça ?»
Lucas et moi, on a des goûts, des rythmes diamétralement opposés. Lui, c’est un lent, un artiste, un procrastinateur. Moi je suis organisée, hyperactive , assez psycho-rigide. Il crée des sites Internet, il travaillait à la maison. Dans son bureau toujours en désordre , il y avait cinq ordinateurs. Il ne prévoyait jamais rien . Par exemple, je partais en déplacement , je revenais il n’y avait plus rien dans le frigo , plus de yaourts , plus d e pain en tranches . Moi j’aime que le frigo soit plein, ça me rassure. Je lui faisais remarquer qu’il n’avait pas fait les courses , il me répondait :« tu m’emmerdes avec tes reproches. » J’étais dans l’énervement permanent. Un jour il a dit : « j’en ai marre, je me casse. » Il a pris un de ses ordinateurs portables et il est parti 8 jours chez un copain réalisateur à la télé .
C’était l’an dernier , Barthélémy était encore a la maternelle. Pendant ces 8 jours , je n’ai jamais été aussi bien. Je me sentais soulagée. Je me regardais dans la glace , je me trouvais plus jolie . Je sortais au restaurant avec Marianne, ma meilleure amie , elle me disait : « mais quitte-le ». Moi : « non, Lucas, c’est mon homme !» N’empêche sans lui, j’étais plus cool. Il est revenu , son fils lui manquait trop. Il était un peu penaud, et moi, quand même bien contente.
Quand on est énervé par quelqu’un, il ne faut pas croire que ça va s’arranger. Ca ne s’arrange jamais . J’ai beaucoup réfléchi à tout ce qui nous énerve, je crois que je pourrais écrire une thèse: L’énervement dans le couple ; l’énervement des enfants ; l’énervement en famille… Donc l’énervement a continué. Et trois mois après bien sûr , il est reparti. Cette fois complètement . Il a loué un appartement tout prés de l’école de Barthélémy. Rue d’Alésia . Un studio. On était en mai 2006, il venait de toucher les dividendes d’un gros contrat, plus une avance sur le suivant. Au bout d’un mois, il me manquait tellement, j’avais envie qu’ il me touche, j’avais envie de retrouver son corps,de le sentir, qu’il me prenne, à sa manière : si lente, si douce, qu’il me fasse partir, comme si on dansait la samba.
On a décidé de partir ensemble en vacances,. L’été ,tout va toujours bien entre nous, je ne sais pas pourquoi, l’absence de stress, la chaleur…. On est allés à Hossegor et ça s’est génialement passé. A la rentrée, on a eu une grande discussion. Barthélémy ne posait aucun problème. Il entrait au CP, tout allait bien . Non, c’était nous le problème , comment rester ensemble tout en étant séparés? Pas question de se quitter, on continuait. Mais pas question non plus que rien ne change. On a décidé de ne plus dormir ensemble qu’ une semaine sur deux.
On a mis plusieurs semaines à mettre au point notre nouvelle vie. Ce serait lui qui viendrait dormir chez moi plutôt que l’inverse. Il serait une semaine chez moi, l’autre semaine dans son studio. Barthélémy serait avec moi en semaine et avec son père tous les week-ends. Moi , je travaille beaucoup , j’aime être seule le week-end , au calme. Je me fais un ciné le samedi. Ou deux a la file, ça j’adore.
On a donc inventé les semaines « avec » et les semaines « sans » . Les semaines « avec » , il est là et c’est génial . On est tous les trois comme avant. Sauf qu’ au bout de cinq, six jours , juste avant qu’on commence à s’énerver, il s’en va , il retourne dans son studio. Et puis les semaines « sans » où on est séparés et où Barthélemy va dormir chez lui le mardi soir. Parce que ces semaines là ,son père lui manque un peu .
On n’est pas dogmatiques: de temps en temps, moi aussi, je m’autorise une nuit chez lui. Je trouve ça exitant, exotique. C’est une liberté. L’autre jour, il m’ a invitée a dîner. Bart’ était chez sa grand ‘mère . Au dessert, ça devenait de plus en plus tendre, j’ai décidé de rester avec lui. Le lendemain, j’ai raconté à Barth que j’ avais dormi chez son père. « Il m’a dit de te faire plein de bisous ! » «Pourquoi il reste pas dormir à la maison papa?» «Ce n’est pas sa semaine et tu vois bien que quand il reste, on s’engueule tout le temps.» « oui, c’est vrai je n’aime pas quand vous vous attrapez!»
Notre grande victoire a été d’arriver à retrouver une vraie harmonie sexuelle .Mais ça a mis du temps…. Un soir, c’était en octobre dernier, il ne venait pas encore une semaine sur deux , il était passé voir Barth. J’avais fait la cuisine, un clafoutis aux prunes , il adore le clafoutis. Je lui ai dit de rester. Il était mignon, il était minuit. « Ca te fait plaisir, t’es sûre ? « « Oui » On n’avait pas fait l’amour depuis les vacances, il s’abandonnait, c’était si bon. J’ai passé la nuit à lui donner de l’ amour. C’est à ce moment- là qu’ on s’est vraiment retrouvés. La semaine d’après, il rapportait ses affaires de toilette et quelques chemises « Je vais être en garde alternée ! » a-t-il dit . C’est lui qui a trouvé la formule.
Ca fait sept mois maintenant et je crois qu’on ne pourrait plus revenir en arrière. Quand on me demande : « alors ta vie , c’est comment ? » Je réponds: « Le rêve. Comme au début. Mieux qu’au début, même…. » On est contents d’avoir réussi à surmonter cette crise , et c’est comme si notre couple s’en trouvait consolidé . Vivre séparément tout en restant ensemble, ça veut dire toujours faire attention à l’autre, ne jamais se perdre de vue, sans cesse se re-séduire , se re-conquérir. S’aimer encore plus, quoi ! Vivre seule, ça ne veut pas dire non plus fréquenter quelqu’un d’autre, moi, je n’ai pas envie d’un autre homme, je ne suis attachée qu’à lui, je n’en veux qu’ à son corps. Et lui n’a personne d’autre non plus , j’en suis a peu prés sûre ….
Tous les deux, on a retrouvé l’enthousiasme d’ être ensemble, la complicité. Le désir. Maintenant on se manque. Quand on ne se voit pas deux jours, il m’envoie des textos, des petits mots. Même quand on n’a rien à se dire , juste pour garder un contact. Un petit contact. Il a beaucoup d’attention, comme ça, de loin. C’est ce que j’aime.
ELLE. 2007. Propos recueillis par Antoine Silber
C'est mon histoire : je me suis mariée avec un sans papiers...
Amoureuse de Santiago , un bel argentin , Sandra , 32 ans, l’avait épousé pour qu’il ait un titre de séjour et qu’il puisse rester en France. Aujourd’hui elle se demande s’il l’a aimée ou tout simplement manipulée.
J’ai rencontré Santiago il y a trois ans, dans des circonstances assez incongrues. Chez une amie, qui l'avait rencontré sur Meetic. Elle l'avait invité à dîner et je devais passer chez elle prendre des pots de peinture. Elle m'a aussi invitée à dîner (c'était une très bonne amie , presque une soeur). Entre eux ce n’était pas ça, je le sentais bien . A un moment, elle va a la cuisine, il me saute dessus, il m’embrasse. « J’en révais depuis que vous êtes arrivée»me dit-il « Bon . Alors on s ’en va. Tu vas m’aider a porter mes pots de peinture…». Il mesurait un mètre 92 , moi je ne fais pas plus d’ un mêtre 60. Il avait trente-cinq ans, moi trente. Je sortais d'une histoire avec un homme beaucoup plus âgé que moi et qui avait du sang kaki dans les veines, un militaire comme mon père. Je venais d’emménager dans un nouvel appart’. Entre nous, ça a été un vrai flash.
Sa peau caramel. Son odeur, je trouvais qu’il sentait le miel . Sa voix. Son accent de dingue. Tout me plaisait en lui . Lorsque je l'ai rencontré, il était en France depuis sept ans, il était venu avec une bourse pour finir sa thèse de psycho. Moi je suis comédienne mais avant j'avais fait un DESS de psychologie clinique, ça nous rapprochait. Nous sommes tombés amoureux ensemble mais nous n'avons jamais vécu ensemble. A ma demande : l’idée du couple m’a toujours fait flipper. On se voyait presque tous les jours et c’était merveilleux . Il me faisait des cadeaux. C’est lui qui m’a abonnée à ELLE par exemple, il savait que j’aimais. A mon anniversaire, il m’a offert trente petits cadeaux planqués dans tout l’appartement et reliés a un fil. Il fallait que je les cherche. Le dernier était dans sa poche : un simple morceau de papier sur lequel il avait écrit: « c’est moi». C’était génial, comment n’aurais-je pas pu tomber amoureuse d’un type comme lui ? C’était un intello pur sucre , un homme brillant intellectuellement mais pas très mur affectivement, comme s’il n’avait aps grandi . Un vrai artiste (avec tout le tourment qui va avec). Cela dit, dés le départ, je le savais incapable de s’engager. Il en parlait. Il était honnète, dans un sens . Le premier livre qu’il m’a offert, c’est « le syndrome de Peter Pan ». Il me l’a tendu. Il m’a dit : « tiens, voilà le mode d’emploi ! ».
En fait, il n’avait déjà plus le statut d’ étudiant. Il s’était faché avec son directeur de thése et se retrouvait donc sans permis de séjour . Il passait ses journées à faire des photos ou dans les bibliothèques à lire les grands auteurs français. Il adorait Paris qui était pour lui une ville mythique. Et pas question qu’il retourne en Argentine malgré son interdiction de travailler. Alors il faisait des remplacements de gardiennage, la nuit, il était payé au noir. Il gagnait peu et moi j’assurais. Je faisais l’infirmière aussi. Il était dépressif, il prenait du prozac. Un jour la question de ses papiers s’est posée. On était en septembre, en vacances à l’ile de Ré, ça faisait six mois qu’on se connaissait. Il me dit: « mon visa a expiré en juillet, j’ai un problème. Pour que je puisse rester, il faudrait qu’on se marie … » Chose inconcevable pour moi,trop engageante, trop importante. Mes parents étaient mariés depuis 40 ans, ça m’impresionnait trop. Il avait déjà été marié , lui .Avec une fille venue d’ Argentine mais qu’il avait rencontrée ici. Une étudiante qu’il avait quittée au bout de trois mois….
Nous nous sommes pourtant mariés, en février 2005, il y a deux ans. Malgré la désapprobation de mes amies, qui me disaient « Tu es en train de te faire pigeonner ! » Je l’aimais. Je me disais: si je ne vais pas au bout de mon histoire avec lui , je m’en voudrais toute ma vie! J’avais cassé ma tirelire, acheté un pull à paillettes et des talons chez Sonya Rikiel . Lui portait son costume croisé. Je me répétais « je suis sa femme ! » Je trouvais ça romantique . Ca me plaisait.
On n’avait pas d’alliance. On ne vivait pas ensemble mais je me disais: et voilà je suis partie pour faire ma vie avec cet homme là ! Les choses se sont alors gâtés assez vite. Je le voyais moins. Il mettait de la distance. Et puis trois mois après il a eu une aventure qui a duré six mois avant que je m'en aperçoive. C’était comme si ça l’angoissait de rester avec moi. Il FALLAIT qu ’il s’en aille, comme il était parti la première fois qu’il avait été marié. Il ne répondait pas à mes mails, je croyais qu’il était mort. Il est revenu puis ila disparu de nouveau puis revenu . Je lui ai demandé: « mais pourquoi tu me fais ça Santiago ? » « On ne se comprend pas, ça ne va pas bien…. » « Tu me fais vivre un enfer, Santiago Quand tu pars , dis moi au moins où tu vas … ». On n’arrivait plus à se parler mais on faisait encore l’amour, ça c’était aussi fort. Le mariage donne droit à un étranger un titre de séjour pour dix ans mais seulement si ça dure au moins quatre ans. Avant, il faut renouveler ce tître chaque année. En juin, au bout d’un an, il a fallu aller à la préfecture pour le premier renouvellement. Je l’ai attendu, il n’est pas venu. J’’y suis allée seule. J’ai déclaré que nous vivions toujours ensemble. Il n’est rvenu qu’au bout de huit jours . C’est à ce moment-là qu’ il m’a avoué qu’il avait rencontré quelqu’un. Ca a été un effondrement total. Comme s’ il me plantait un couteau dans le dos . Et pourtant ce jour là on a encore fait l’amour. Comme des dingues. Mais le lendemain matin, je lui ai dit : « Maintenant tu choisis. Parce que moi je ne partage pas avec l’autre. »
Je pensais qu’il allait revenir, que j’allais réussir a corriger le tir. Il ne pouvait pas ne plus m’aimer puisque je l’ aimais tellement ! Je pleurais tous les jours. Je ne dormais plus .J’ai recommencé une thérapie. Ma psy m’a dit : « Quand on pleure tous les jours, ce n’est pas de l’amour, Sandra » Combien de fois elle m’a répété ça : « Ce n’est pas de l’amour,Sandra… » Quand je le voyais, je lui disais que je l'aimais encore, que je l'attendais. Il me disait que notre histoire était finie , qu’il ne m’aimait plus. Alors je le menaçais d’entamer une procédure de divorce , ce qui aurait pour conséquence de le renvoyer en Argentine.
J’ai beaucoup hésité. Il ne méritait pas que je continue de l’aimer. Je me demandais surtout jusqu'à quel point lui m’avait utilisée, s’il ne s’etait pas servie de moi, s’il ne m’avait pas manipulée? Mais je ne suis pas quelqu’ un dans la vengeance et j’ai renoncé finalement à demander le divorce . Mes amies me traitent d’idiote. Elles me conseillent de tout faire pour me libérer de son emprise. Moi, je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Pour lui évidemment, mais aussi pour moi. Oui, c'est presque un acte militant, comme si je m'engageais avec les réfugiés de Cachan. Il m’a démolie, c’est vrai mais j’aurais du mal à garder du respect pour moi, à me regarder dans la glace , si en commençant la procédure de divorce, je permettais qu’on le renvoie dans son pays. Nous nous sommes vus il y a deux mois. Je le lui ai dit. Je lui ai dit pourquoi. Il m’a embrassée . Il remerciée . « je ne le fais pas pour toi mais pour moi…» Je le regardais déjà différemment, comme si je commencais a être guérie de lui. J’avais tellement pleuré , il m’en avait tellement fait baver, je sentais qu ‘on était là dans la vraie rupture. En partant, il m’a dit: « si tu as besoin de quelquechose, tu m’appelles …» J’avais envie de lui répondre: « c’est ça, casse-toi, tu m’as fait asez de mal comme ça …»
Je suis soulagée de la fin de cette histoire, contente de la décision que j’ai prise, mais aussi en souffrance d’avoir perdue cet homme avec qui j'avais révé passer ma vie. Je l’ai encore revu la semaine dernière. Je lui ai donné les dernières affaires qu’il avait laissées chez moi : des teeshirts, une paire de chaussures. Ses chaussons, encore tout imprégnés de son odeur. Le matin du jour ou il est venu, je suis allée chez le coiffeur et je me suis fait décolorée en blonde. Le lendemain, j’ai arrété de fumer. Comme ça . D’un seul coup. J’en avais assez de ce poison qui me détruisait, lentement mais sûrement.
ELLE . 2007. Propos receuillis par Antoine Silber.
J’ai rencontré Santiago il y a trois ans, dans des circonstances assez incongrues. Chez une amie, qui l'avait rencontré sur Meetic. Elle l'avait invité à dîner et je devais passer chez elle prendre des pots de peinture. Elle m'a aussi invitée à dîner (c'était une très bonne amie , presque une soeur). Entre eux ce n’était pas ça, je le sentais bien . A un moment, elle va a la cuisine, il me saute dessus, il m’embrasse. « J’en révais depuis que vous êtes arrivée»me dit-il « Bon . Alors on s ’en va. Tu vas m’aider a porter mes pots de peinture…». Il mesurait un mètre 92 , moi je ne fais pas plus d’ un mêtre 60. Il avait trente-cinq ans, moi trente. Je sortais d'une histoire avec un homme beaucoup plus âgé que moi et qui avait du sang kaki dans les veines, un militaire comme mon père. Je venais d’emménager dans un nouvel appart’. Entre nous, ça a été un vrai flash.
Sa peau caramel. Son odeur, je trouvais qu’il sentait le miel . Sa voix. Son accent de dingue. Tout me plaisait en lui . Lorsque je l'ai rencontré, il était en France depuis sept ans, il était venu avec une bourse pour finir sa thèse de psycho. Moi je suis comédienne mais avant j'avais fait un DESS de psychologie clinique, ça nous rapprochait. Nous sommes tombés amoureux ensemble mais nous n'avons jamais vécu ensemble. A ma demande : l’idée du couple m’a toujours fait flipper. On se voyait presque tous les jours et c’était merveilleux . Il me faisait des cadeaux. C’est lui qui m’a abonnée à ELLE par exemple, il savait que j’aimais. A mon anniversaire, il m’a offert trente petits cadeaux planqués dans tout l’appartement et reliés a un fil. Il fallait que je les cherche. Le dernier était dans sa poche : un simple morceau de papier sur lequel il avait écrit: « c’est moi». C’était génial, comment n’aurais-je pas pu tomber amoureuse d’un type comme lui ? C’était un intello pur sucre , un homme brillant intellectuellement mais pas très mur affectivement, comme s’il n’avait aps grandi . Un vrai artiste (avec tout le tourment qui va avec). Cela dit, dés le départ, je le savais incapable de s’engager. Il en parlait. Il était honnète, dans un sens . Le premier livre qu’il m’a offert, c’est « le syndrome de Peter Pan ». Il me l’a tendu. Il m’a dit : « tiens, voilà le mode d’emploi ! ».
En fait, il n’avait déjà plus le statut d’ étudiant. Il s’était faché avec son directeur de thése et se retrouvait donc sans permis de séjour . Il passait ses journées à faire des photos ou dans les bibliothèques à lire les grands auteurs français. Il adorait Paris qui était pour lui une ville mythique. Et pas question qu’il retourne en Argentine malgré son interdiction de travailler. Alors il faisait des remplacements de gardiennage, la nuit, il était payé au noir. Il gagnait peu et moi j’assurais. Je faisais l’infirmière aussi. Il était dépressif, il prenait du prozac. Un jour la question de ses papiers s’est posée. On était en septembre, en vacances à l’ile de Ré, ça faisait six mois qu’on se connaissait. Il me dit: « mon visa a expiré en juillet, j’ai un problème. Pour que je puisse rester, il faudrait qu’on se marie … » Chose inconcevable pour moi,trop engageante, trop importante. Mes parents étaient mariés depuis 40 ans, ça m’impresionnait trop. Il avait déjà été marié , lui .Avec une fille venue d’ Argentine mais qu’il avait rencontrée ici. Une étudiante qu’il avait quittée au bout de trois mois….
Nous nous sommes pourtant mariés, en février 2005, il y a deux ans. Malgré la désapprobation de mes amies, qui me disaient « Tu es en train de te faire pigeonner ! » Je l’aimais. Je me disais: si je ne vais pas au bout de mon histoire avec lui , je m’en voudrais toute ma vie! J’avais cassé ma tirelire, acheté un pull à paillettes et des talons chez Sonya Rikiel . Lui portait son costume croisé. Je me répétais « je suis sa femme ! » Je trouvais ça romantique . Ca me plaisait.
On n’avait pas d’alliance. On ne vivait pas ensemble mais je me disais: et voilà je suis partie pour faire ma vie avec cet homme là ! Les choses se sont alors gâtés assez vite. Je le voyais moins. Il mettait de la distance. Et puis trois mois après il a eu une aventure qui a duré six mois avant que je m'en aperçoive. C’était comme si ça l’angoissait de rester avec moi. Il FALLAIT qu ’il s’en aille, comme il était parti la première fois qu’il avait été marié. Il ne répondait pas à mes mails, je croyais qu’il était mort. Il est revenu puis ila disparu de nouveau puis revenu . Je lui ai demandé: « mais pourquoi tu me fais ça Santiago ? » « On ne se comprend pas, ça ne va pas bien…. » « Tu me fais vivre un enfer, Santiago Quand tu pars , dis moi au moins où tu vas … ». On n’arrivait plus à se parler mais on faisait encore l’amour, ça c’était aussi fort. Le mariage donne droit à un étranger un titre de séjour pour dix ans mais seulement si ça dure au moins quatre ans. Avant, il faut renouveler ce tître chaque année. En juin, au bout d’un an, il a fallu aller à la préfecture pour le premier renouvellement. Je l’ai attendu, il n’est pas venu. J’’y suis allée seule. J’ai déclaré que nous vivions toujours ensemble. Il n’est rvenu qu’au bout de huit jours . C’est à ce moment-là qu’ il m’a avoué qu’il avait rencontré quelqu’un. Ca a été un effondrement total. Comme s’ il me plantait un couteau dans le dos . Et pourtant ce jour là on a encore fait l’amour. Comme des dingues. Mais le lendemain matin, je lui ai dit : « Maintenant tu choisis. Parce que moi je ne partage pas avec l’autre. »
Je pensais qu’il allait revenir, que j’allais réussir a corriger le tir. Il ne pouvait pas ne plus m’aimer puisque je l’ aimais tellement ! Je pleurais tous les jours. Je ne dormais plus .J’ai recommencé une thérapie. Ma psy m’a dit : « Quand on pleure tous les jours, ce n’est pas de l’amour, Sandra » Combien de fois elle m’a répété ça : « Ce n’est pas de l’amour,Sandra… » Quand je le voyais, je lui disais que je l'aimais encore, que je l'attendais. Il me disait que notre histoire était finie , qu’il ne m’aimait plus. Alors je le menaçais d’entamer une procédure de divorce , ce qui aurait pour conséquence de le renvoyer en Argentine.
J’ai beaucoup hésité. Il ne méritait pas que je continue de l’aimer. Je me demandais surtout jusqu'à quel point lui m’avait utilisée, s’il ne s’etait pas servie de moi, s’il ne m’avait pas manipulée? Mais je ne suis pas quelqu’ un dans la vengeance et j’ai renoncé finalement à demander le divorce . Mes amies me traitent d’idiote. Elles me conseillent de tout faire pour me libérer de son emprise. Moi, je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Pour lui évidemment, mais aussi pour moi. Oui, c'est presque un acte militant, comme si je m'engageais avec les réfugiés de Cachan. Il m’a démolie, c’est vrai mais j’aurais du mal à garder du respect pour moi, à me regarder dans la glace , si en commençant la procédure de divorce, je permettais qu’on le renvoie dans son pays. Nous nous sommes vus il y a deux mois. Je le lui ai dit. Je lui ai dit pourquoi. Il m’a embrassée . Il remerciée . « je ne le fais pas pour toi mais pour moi…» Je le regardais déjà différemment, comme si je commencais a être guérie de lui. J’avais tellement pleuré , il m’en avait tellement fait baver, je sentais qu ‘on était là dans la vraie rupture. En partant, il m’a dit: « si tu as besoin de quelquechose, tu m’appelles …» J’avais envie de lui répondre: « c’est ça, casse-toi, tu m’as fait asez de mal comme ça …»
Je suis soulagée de la fin de cette histoire, contente de la décision que j’ai prise, mais aussi en souffrance d’avoir perdue cet homme avec qui j'avais révé passer ma vie. Je l’ai encore revu la semaine dernière. Je lui ai donné les dernières affaires qu’il avait laissées chez moi : des teeshirts, une paire de chaussures. Ses chaussons, encore tout imprégnés de son odeur. Le matin du jour ou il est venu, je suis allée chez le coiffeur et je me suis fait décolorée en blonde. Le lendemain, j’ai arrété de fumer. Comme ça . D’un seul coup. J’en avais assez de ce poison qui me détruisait, lentement mais sûrement.
ELLE . 2007. Propos receuillis par Antoine Silber.
vendredi 18 janvier 2008
C'est mon histoire « Et soudain, dans l’avion, le père de mon fils…. »
Myriam tenait à ce que Guillaume, 15 ans, accepte de rencontrer avant sa majorité, son père qu’il n’avait jamais vu. Et puis, un jour, cet été, dans l’Airbus qui les ramène de Miami, elle tombe sur lui!
Guillaume ne connaissait pas son père .Il ne l’avait jamais vu. Il vivait depuis quinze ans avec ça, dans ce manque de père, cette absence…. Je lui avais montré toutes les photos que je possédais. Je lui avais tout dit de ce qui s’était passé. Pourquoi nous n’étions pas restés ensemble, Philippe et moi. Pourquoi son père ne l’ avait pas reconnu. Et chaque fois que je lui avais proposé de prendre contact avec Philippe , il me répondait « non, je ne veux pas ! » Depuis quatre ans, j’ avais commencé une psy , la perception que j’ai d’un certain nombre de choses a changé, je me disais et je lui disais à lui qu’il faudrait qu’il envisage de rencontrer son père avant sa majorité, avant de devenir adulte. Il prenait alors son air sombre du fils fâché. Et il répétait: « je t’ai déjà dit cent fois que je ne veux pas voir ce salaud qui t’a abandonnée…»
Et puis il y a eu cette rencontre dans l’avion.
On était le 13 juillet dernier . On revenait de Miami, tous les deux, trés gais, trés heureux. On venait de passer quinze jours géniaux aux Etats-Unis avec des cousins. Et Guillaume repartait le lendemain faire un stage de voile aux Glénans. On était dans l’ avion, un Airbus , à l’arrière. Je me lève pour aller aux toilettes. J’arrive à hauteur du premier rang: Philippe! Oui, Philippe, le père de Guillaume . Pas de doute, c’était lui. Je m’enferme dans les toilettes. Quel choc! Je ne l’avais pas vu depuis des années mais je ne pouvais pas me tromper. A côté de lui, il y avait une femme. Sa femme? Je fais pipi. Est ce que je devais aller lui parler? Je sors des toilettes. Il lève les yeux, il me voit. Je lui souris. Il me sourit. Je ne sais pas ce qui se passe a ce moment là, je ne m’arrête pas. J’étais sûre que c’était lui pourtant, mais de là à lui parler…
Je reviens a ma place. Guillaume était sur sa Game boy, il lève à peine la tête. Est-ce que je devais lui dire que son père était dans l’avion, là, à dix rangs de lui. Il n’avait jamais vu son père .Il n’avait qu’a se lever pour aller lui dire bonjour. C’était comme un signe du destin…
Philippe, je l’avais connu en 1992. J’avais 33 ans. Je suis avocate. A l’époque, je travaillais chez un ténor du barreau. Je n’avais pas encore mon cabinet. Je sortais d’une grande histoire avec un autre confrère, Raphaël. Philippe était chirurgien , divorcé. Avec deux enfants. On avait eu une aventure très passionnelle, très violente et au bout de trois mois, j’étais tombée enceinte. Il ne voulait pas de l’enfant, moi je voulais le garder. On avait des rapports clairs, passionnels mais clairs. Avec un vrai respect mutuel. « Tu fais ce que tu veux, me dit-il mais moi je ne peux pas assumer ça! ». Le problème a l’époque c’est qu’il était aussi avec une autre femme, Caroline. Il disait qu’il était amoureux de moi mais il ne devait pas être tant que ça puisqu’il m’a carrément laissée tomber et il est allé avec elle. J’avais accouché pendant l’hiver. Il neigeait, tout le monde était au ski. Guillaume est né le lendemain de Noël, 92. J’étais seule.
Est ce que cette femme a côté de lui était cette Caroline pour qui il m’avait plaquée ? Dans l’avion, en reprenant ma place à coté de Guillaume je n’érr^étais pas de me poser la question. Je ne l’avais jamais vue, elle et lui seulement deux fois en quinze ans. Je lui en avais tellement voulu ! J’ étais sure qu’il m’avait reconnue. Il m’avait souri mais comment lui parler maintenant? Je regardais mon fils, toujours plongé dans son jeu. Il valait peut-être mieux attendre l’arrivée à Charles de Gaulle pour faire les présentations… Je ne pouvais tout de même pas lui dire : « Devine qui est dans l’avion, je te le donne en mille… » Ou : « Si tu veux voir ton père, c’est le moment…»
Je n’ai pas dormi de tout le vol. Je gambergeais. A côté de moi, Guillaume ronflait comme un bienheureux. On est arrivés a Paris à 7 heures du matin. Philippe n’était pas aux bagages. Ni aux taxis. Nulle part ! On est arrivés à la maison. Je me disais:je vais l’appeler. J ‘ai attendu le lendemain que Guillaume aille prendre son train pour Les Glénans. J’appelle. « Bonjour Philippe . C’est quand même étonnant qu’on se retrouve comme ça dans l’avion. Non ?» Lui: « Maisquel avion ? » « Celui de Miami, hier. Tu es bien allé a Miami? » « Oui » « Tu m’as vue puisque tu m’as souri… Tu étais assis a coté d’ une blonde, trés jolie…» « Non.Je ne sais pas de quoi tu parles…» Je lui raconte que j’étais avec Guillaume. Il savait qu’il avait un fils. Quand Guillaume avait eu trois ans, je lui avais envoyé une photo. Et je l’avais emmené le voir un jour à la sortie d e l’école . C’est là que j’ avais appris qu’il s’était marié avec cette Caroline.
Je lui ai demandé: « Toi tu as envie de le voir,de lui parler ? » Et il m’a répondu: « oui ». J’ai alors ressenti une espèce de soulagement. Notre conversation était d’ailleurs extraordinaire. Il n’ était pas du tout hostile ou méfiant. Il n’ avait aucune réticence à l’idée de voir Guillaume. Il avait toujours été un type bien . Là, il me le prouvait.
Je lui ai proposé qu’on déjeune ensemble, pour parler de tout ça . Il n’a pas hésité.: « d accord ». Je le lui fait répéter : « OK. Très bien » Et avant de raccrocher, il a ajouté « Et tu sais, la blonde très jolie à côté de moi, c’était Caroline…. »
J’ai déjeuné avec lui quinze jours après. Dans un restaurant du Palais Royal, au bord du Jardin. Là, j’ai découvert un homme formidable. Ce n‘était plus l’homme à qui j’en avais tellement voulu, cet homme si craquant, ce très beau garçon qui m’avait salement laissé tomber au début de ma grossesse. Je trouvais que l’âge lui allait bien, qu’il était encore plus beau , malgré ou grâce à ses rides et son front dégarni. Il avait eu, me confiait-il, une fille avec Caroline: Louise , qui avait aujourd’hui 14 ans. Un an de moins que Guillaume….Ses deux autres enfants: Marina et Samuel avaient eux 23 et 21 ans. Il me disait qu’ avec Caroline ,sa femme, ça n’allait plus bien du tout. Il étaient en train de se séparer.
Guillaume est revenu de son stage des Glénans le lendemain de notre déjeuner. Il n’avait même pas défait son sac que je lui racontais tout. Son père dans l’avion. Mes hésitations. Le déjeuner sous les arcades du Palais Royal. La réaction positive de Philippe…. Je parlais et ça l’énervait. Il me répétait qu’il ne voulai pas le voir. On a parlé très longtemps . jusqu'à onze heures ce soir-là, puis le lendemain, dés le petit déjeuner. Il se calmait peu a peu, la curiosité commençait a l’emporter. Il se refusait à appeler son père mais l’idée que Philippe, lui, llui téléphone ne lui déplaisait pas totalement. J’ai appelé Philipp . Mais lui préférait voir Guillaume plutôt que l’ appeler. Tous les deux, le père et le fils refusaient à faire le premier pas. Il fallait que j’arrive à les sortir de cette impasse .
J’ai mis plus de deux mois à convaincre Guillaume de rencontrer son père. Et j’y arrivée. « D’accord, mais alors, surtout, pas à la maison…» « Où? » « Si tu veux , dans ce restaurant, au bord des jardins du Palais Royal ou vous vous êtes revus… » J’étais très contente, je n’y croyais plus.
J’ai rappelé Philippe. Je lui ai dit: « il est d’ accord. Il accepte de te voir. » Il était ému, je le sentais tellement ému.
Cette conversation date de huit jours maintenant. Guillaume va avoir 16 ans. Je ne sais pas très bien comment ça va se passer mais je suis optimiste . Je crois qu’ils vont arriver a s’entendre, que ça va même tout changer pour Guillaume et aussi pour Philippe. Cette rencontre, c’est le cadeau que je veux faire à mon fils pour son anniversaire. Lui permettre de connaître le père qu’il n’a jamais vu, n’ est ce pas le plus beau cadeau qu’ on puisse faire à un garçon pour ses 16 ans?
Voilà. On en est là. Le déjeuner, c’est samedi prochain. Pour la première fois, on va se retrouver ensemble tous les trois. J’espère qu’il fera beau.
ELLE. 22 Octobre 2007 . Propos receuillis par Antoine Silber
Guillaume ne connaissait pas son père .Il ne l’avait jamais vu. Il vivait depuis quinze ans avec ça, dans ce manque de père, cette absence…. Je lui avais montré toutes les photos que je possédais. Je lui avais tout dit de ce qui s’était passé. Pourquoi nous n’étions pas restés ensemble, Philippe et moi. Pourquoi son père ne l’ avait pas reconnu. Et chaque fois que je lui avais proposé de prendre contact avec Philippe , il me répondait « non, je ne veux pas ! » Depuis quatre ans, j’ avais commencé une psy , la perception que j’ai d’un certain nombre de choses a changé, je me disais et je lui disais à lui qu’il faudrait qu’il envisage de rencontrer son père avant sa majorité, avant de devenir adulte. Il prenait alors son air sombre du fils fâché. Et il répétait: « je t’ai déjà dit cent fois que je ne veux pas voir ce salaud qui t’a abandonnée…»
Et puis il y a eu cette rencontre dans l’avion.
On était le 13 juillet dernier . On revenait de Miami, tous les deux, trés gais, trés heureux. On venait de passer quinze jours géniaux aux Etats-Unis avec des cousins. Et Guillaume repartait le lendemain faire un stage de voile aux Glénans. On était dans l’ avion, un Airbus , à l’arrière. Je me lève pour aller aux toilettes. J’arrive à hauteur du premier rang: Philippe! Oui, Philippe, le père de Guillaume . Pas de doute, c’était lui. Je m’enferme dans les toilettes. Quel choc! Je ne l’avais pas vu depuis des années mais je ne pouvais pas me tromper. A côté de lui, il y avait une femme. Sa femme? Je fais pipi. Est ce que je devais aller lui parler? Je sors des toilettes. Il lève les yeux, il me voit. Je lui souris. Il me sourit. Je ne sais pas ce qui se passe a ce moment là, je ne m’arrête pas. J’étais sûre que c’était lui pourtant, mais de là à lui parler…
Je reviens a ma place. Guillaume était sur sa Game boy, il lève à peine la tête. Est-ce que je devais lui dire que son père était dans l’avion, là, à dix rangs de lui. Il n’avait jamais vu son père .Il n’avait qu’a se lever pour aller lui dire bonjour. C’était comme un signe du destin…
Philippe, je l’avais connu en 1992. J’avais 33 ans. Je suis avocate. A l’époque, je travaillais chez un ténor du barreau. Je n’avais pas encore mon cabinet. Je sortais d’une grande histoire avec un autre confrère, Raphaël. Philippe était chirurgien , divorcé. Avec deux enfants. On avait eu une aventure très passionnelle, très violente et au bout de trois mois, j’étais tombée enceinte. Il ne voulait pas de l’enfant, moi je voulais le garder. On avait des rapports clairs, passionnels mais clairs. Avec un vrai respect mutuel. « Tu fais ce que tu veux, me dit-il mais moi je ne peux pas assumer ça! ». Le problème a l’époque c’est qu’il était aussi avec une autre femme, Caroline. Il disait qu’il était amoureux de moi mais il ne devait pas être tant que ça puisqu’il m’a carrément laissée tomber et il est allé avec elle. J’avais accouché pendant l’hiver. Il neigeait, tout le monde était au ski. Guillaume est né le lendemain de Noël, 92. J’étais seule.
Est ce que cette femme a côté de lui était cette Caroline pour qui il m’avait plaquée ? Dans l’avion, en reprenant ma place à coté de Guillaume je n’érr^étais pas de me poser la question. Je ne l’avais jamais vue, elle et lui seulement deux fois en quinze ans. Je lui en avais tellement voulu ! J’ étais sure qu’il m’avait reconnue. Il m’avait souri mais comment lui parler maintenant? Je regardais mon fils, toujours plongé dans son jeu. Il valait peut-être mieux attendre l’arrivée à Charles de Gaulle pour faire les présentations… Je ne pouvais tout de même pas lui dire : « Devine qui est dans l’avion, je te le donne en mille… » Ou : « Si tu veux voir ton père, c’est le moment…»
Je n’ai pas dormi de tout le vol. Je gambergeais. A côté de moi, Guillaume ronflait comme un bienheureux. On est arrivés a Paris à 7 heures du matin. Philippe n’était pas aux bagages. Ni aux taxis. Nulle part ! On est arrivés à la maison. Je me disais:je vais l’appeler. J ‘ai attendu le lendemain que Guillaume aille prendre son train pour Les Glénans. J’appelle. « Bonjour Philippe . C’est quand même étonnant qu’on se retrouve comme ça dans l’avion. Non ?» Lui: « Maisquel avion ? » « Celui de Miami, hier. Tu es bien allé a Miami? » « Oui » « Tu m’as vue puisque tu m’as souri… Tu étais assis a coté d’ une blonde, trés jolie…» « Non.Je ne sais pas de quoi tu parles…» Je lui raconte que j’étais avec Guillaume. Il savait qu’il avait un fils. Quand Guillaume avait eu trois ans, je lui avais envoyé une photo. Et je l’avais emmené le voir un jour à la sortie d e l’école . C’est là que j’ avais appris qu’il s’était marié avec cette Caroline.
Je lui ai demandé: « Toi tu as envie de le voir,de lui parler ? » Et il m’a répondu: « oui ». J’ai alors ressenti une espèce de soulagement. Notre conversation était d’ailleurs extraordinaire. Il n’ était pas du tout hostile ou méfiant. Il n’ avait aucune réticence à l’idée de voir Guillaume. Il avait toujours été un type bien . Là, il me le prouvait.
Je lui ai proposé qu’on déjeune ensemble, pour parler de tout ça . Il n’a pas hésité.: « d accord ». Je le lui fait répéter : « OK. Très bien » Et avant de raccrocher, il a ajouté « Et tu sais, la blonde très jolie à côté de moi, c’était Caroline…. »
J’ai déjeuné avec lui quinze jours après. Dans un restaurant du Palais Royal, au bord du Jardin. Là, j’ai découvert un homme formidable. Ce n‘était plus l’homme à qui j’en avais tellement voulu, cet homme si craquant, ce très beau garçon qui m’avait salement laissé tomber au début de ma grossesse. Je trouvais que l’âge lui allait bien, qu’il était encore plus beau , malgré ou grâce à ses rides et son front dégarni. Il avait eu, me confiait-il, une fille avec Caroline: Louise , qui avait aujourd’hui 14 ans. Un an de moins que Guillaume….Ses deux autres enfants: Marina et Samuel avaient eux 23 et 21 ans. Il me disait qu’ avec Caroline ,sa femme, ça n’allait plus bien du tout. Il étaient en train de se séparer.
Guillaume est revenu de son stage des Glénans le lendemain de notre déjeuner. Il n’avait même pas défait son sac que je lui racontais tout. Son père dans l’avion. Mes hésitations. Le déjeuner sous les arcades du Palais Royal. La réaction positive de Philippe…. Je parlais et ça l’énervait. Il me répétait qu’il ne voulai pas le voir. On a parlé très longtemps . jusqu'à onze heures ce soir-là, puis le lendemain, dés le petit déjeuner. Il se calmait peu a peu, la curiosité commençait a l’emporter. Il se refusait à appeler son père mais l’idée que Philippe, lui, llui téléphone ne lui déplaisait pas totalement. J’ai appelé Philipp . Mais lui préférait voir Guillaume plutôt que l’ appeler. Tous les deux, le père et le fils refusaient à faire le premier pas. Il fallait que j’arrive à les sortir de cette impasse .
J’ai mis plus de deux mois à convaincre Guillaume de rencontrer son père. Et j’y arrivée. « D’accord, mais alors, surtout, pas à la maison…» « Où? » « Si tu veux , dans ce restaurant, au bord des jardins du Palais Royal ou vous vous êtes revus… » J’étais très contente, je n’y croyais plus.
J’ai rappelé Philippe. Je lui ai dit: « il est d’ accord. Il accepte de te voir. » Il était ému, je le sentais tellement ému.
Cette conversation date de huit jours maintenant. Guillaume va avoir 16 ans. Je ne sais pas très bien comment ça va se passer mais je suis optimiste . Je crois qu’ils vont arriver a s’entendre, que ça va même tout changer pour Guillaume et aussi pour Philippe. Cette rencontre, c’est le cadeau que je veux faire à mon fils pour son anniversaire. Lui permettre de connaître le père qu’il n’a jamais vu, n’ est ce pas le plus beau cadeau qu’ on puisse faire à un garçon pour ses 16 ans?
Voilà. On en est là. Le déjeuner, c’est samedi prochain. Pour la première fois, on va se retrouver ensemble tous les trois. J’espère qu’il fera beau.
ELLE. 22 Octobre 2007 . Propos receuillis par Antoine Silber
C’est mon histoire "ma parenthèse enchantée en Californie"
Parfaite « deperate housewife », comme elle se qualifie elle-même, Edwige, 37 ans, est mariée à un chirurgien, et mère de deux enfants. Elle s’est offerte , en février dernier, une escapade amoureuse d’une semaine à Los Angelès. Et elle ne regrette rien.
Jamais je n’avais trompé mon mari! Jamais je n’avais même eu l’idée de le tromper ! Sur le chapitre de la fidélité, j’étais du genre psycho-rigide. Et le pire c’est qu’aujourd’hui je ne regrette rien . Je suis mariée avec Jean –Hervé depuis 1999. Nous avons deux enfants, deux garçons, nés à deux ans d’intervalle, en 2000 et 2002. Il est chirurgien. Et moi femme de chirurgien…. En fait, je suis la parfaite bourgeoise de province, une « desperate housewife» dans toute sa splendeur : une belle maison, de beaux enfants en bonne santé. Ca fait des années que je ne travaille plus , depuis que me suis arrétée pour élever mes garçons. Jean-Hervé ,lui, est reconnu dans son métier. Trés connu même à Nice où nous vivons . Il part le matin a 7 heures, revient a 9 heures du soir . Pendant ce temps , je m’active, je n’ai pas cinq minutes à moi. Prisonnière de cette vie de femme au foyer dans laquelle je me suis enfermée .
Moi, je suis « la femme de…»Je pourrais vous écrire des livres entiers sur cette misère, cette frustration…. Quand je me retrouve dans une soirée, qu’ on me demande : « et vous qu’est ce que vous faites ? » Je réponds : « Rien, je ne fais rien… » Et je ris, heureusement, j’ai un peu d’humour. « Mais c’est le plus beau métier du monde, ça ». Tu parles ! Le premier Juillet 2006 , on était donc avec mon mari, comme ça dans une soirée chez des amis qui ont une sublime maison à Tourtour dans le Haut-Var . Une soirée blanche ! Tout le monde en blanc ! Tous au bord d’une grande piscine entourée d’oliviers, avec dans le fond un écran plasma qui retransmettait le match France –Brésil. La coupe du Monde de foot en direct! 21 heures : Jean-Hervé et ses copains étaient comme des fous. Nous, les femmes,on les regardait en souriant. Au bout de 90 minutes, score : 1-0 pour la France. Le Brésil est éliminé . C’est exactement à cet instant-là que mon histoire avec Marco a commencé. Ou plutôt recommencé. Tout d’un coup ,au milieu des cris de joie, j’ai revu son visage , imaginé sa déception. Dans ma chambre , après, je lui ai envoyé un e-mail . Comme un message de condoléances.
Marco , je l’avais connu en 1991, sur un campus californien, j’avais 21 ans. Il en avait 26, il venait de Recife . Nous étions tous les deux dans le même programme d’étudiants étrangers pour apprendre la langue de l’oncle Sam. Le premier jour de cours, un coup de foudre , comme probablement on n’en vit qu’ une fois dans sa vie . Mais au bout , une vraie déception: Nous étions dans la voiture qu’il avait louée, sur le point de concrétiser, soudain il s’arrête, il me regarde dans les yeux : « il faut que je te dise …Je ne peux pas faire ça , je regrette … » Il était déjà avec une fille et il était clair dans son esprit qu’elle avait priorité. Pour moi , ça a été un moment trés violent. On est toujours restés en contact ensuite mais de manière un peu conventionnelle. En 1999, pour mon mariage , je lui avais envoyé un faire part . « Je suis trés heureux pour toi… » m’avait-il repondu .
Donc,je lui envoie ce mail. Et d’un seul coup , tout repart . Il me répond tout de suite , il me dit que son pays vit une tragédie, mais qu’il est heureux que je reprenne contact. Le lendemain, nouveau mail. Je lui raconte un peu ma vie et j’ai de nouveau 20 ans….. L’été passe . En juillet c’est la canicule . Horrible, pesante. En aoùt, on loue une maison au bord du Lac de Côme , il pleut tout le temps, je n’arrête pas de m’engeuler avec Jean-Hervé. Septembre: les enfants rentrent à l’école, je me sens libérée. Je lui envoie un nouveau mail : « Et si on se retrouvait là où on s’est connus ? A L. A ! ». Il me répond : « Daccord . Quand tu veux ! »
Je riais toute seule devant mon écran d’ordinateur. Le besoin de le voir , l’envie qu’il me prenne dans ses bras, qu’il m’embrasse , qu’il me touche….Il me fallait un alibi. J’ai inventé une veille copine. Mes enfants ? J’allais les caser a mes parents. Marco est marié aussi, il dirige une société de transport, il pouvait voyager facilement, mais il avait peur, il fallait que je le rassure. Les préparatifs ont duré 6 mois. A partir de janvier on s’ envoyait quatre ou cinq mails parjour, souvent chauds-brulants. Les dernières semaines ,je me souviens, c’était l’angoisse. L’ impression de préparer ma première boom! Comme si je jouais ma vie ! Et si Jean Hervé s’apercevait de quelque chose ? Et si Marco changeait d’avis au dernier moment? Et est-ce que j’allais encore lui plaire ? C’était si important: nous allions enfin peut être réussir ce que nous avions raté 15 ans plus tôt dans sa voiture….
Une semaine pile ! C’était la règle du jeu. Et c’était rassurant. Quoiqu’il arrive, je rentrerais à la maison à la fin de ces petites vacances. Je ne mettrais rien en péril ! 24 février 2007, aéroport de L.A : mon avion atterrit une heure avant le sien . Un timing parfait. J’imaginais des retrouvailles comme au cinéma: je saute dans ses bras et on s’embrasse à n’en plus finir. Mais non, il était retenu par le bureau de l’immigration. Je l’ai attendu des heures dans la chambre d’hotel, du coup je me suis endormie. Et puis soudain , enfin, la porte s’ouvre. C’était lui : 1m95. 90 kg. Une allure d’acteur de cinéma. Ouf. Il n’avait pas changé. On était un peu génés . On part au restaurant. On n’avait pas faim, on prend une salade pour deux. On rentre . On passe chacun sous la douche . Là, on s’embrasse . Et ça démarre.
Ca a duré six jours . Tous pareils , tous merveilleux . Et cinq nuits, cinq nuits de conte de fées. On vivait notre phantasme et ça nous apaisait. Le matin, j’allais courir sur la plage. Aprés on allait se promener tous les deux main dans la main,on faisait les boutiques de Rodeo Drive. Pas de rôle à tenir, pas de voisins pour nous voir. La liberté ! J’étais si loin de Jean-Hervé et si proche de Marco. L’inverse de ma vie de Nice. . On se parlait bien , on se parlait de nos enfants , jamais de nos conjoints. Ou alors ne parlait pas et c’était encore bien . J’avais imaginé de la passion, mais non, entre nous c’était mieux que de la passion .C’etait du désir . Et de la complicité. De l’attention de tous les instants. Du bonheur . Oui c’est ça . Aux cotés de Jean Herve , j’avais peu à peu perdu la flamme , renoncé. Là , je me retrouvais. Je n’étais plus « la femme de … » J’étais moi. J’étais heureuse. Le dernier soir, j’ai commandé une bouteille de Champagne français et on est allés la boire sur la plage , sous la lune . En suite on s’est dit au revoir, comme si on allait se retrouver le lendemain .
Jean-Hervé ne s’est douté de rien , il ne sait pas. Personne ne sait….. Je vous raconte ça, c’est un plaisir, ça me fait du bien. A L.A , j’ai vécu un rève. Là, je prolonge mon rêve. Je me dis que j’ai eu cent fois raison de faire ça , qu’il y a des moments dans la vie où il faut aller au bout, se donner les moyens de vivre ses phantasmes. Marco et moi, c’était écrit ! Il fallait que je vive ça ! Je n’éprouve strictement aucun sentiment de culpabilité . J’avais envie et besoin de me faire plaisir, je me suis fait plaisir. Et j’ai donné du plaisir à Marco, sans rien retirer à mon mari. Je n’ai fait de mal à personne .
Avec Marco , nous continuons à nous envoyer des mails . Et chacun est un petit bonheur dans ma vie. Il me manque. Si demain, il m’écrit « rendez vous à Tokyo ! », je pars . Nous nous retrouverons, j’en suis sûre , même si je ne sais ni le jour, ni l’année, ni où . Peut être encore à L.A….. Pas question de vivre ensemble en tous cas , de tout quitter . Je ne laisserai jamais mes enfants et je ne les enlèverai jamais non plus à leur père . Notre escapade californienne n’ était qu’une escapade. Une semaine à part dans nos vies. Juste un rêve. Une parenthèse enchantée .
ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber
Jamais je n’avais trompé mon mari! Jamais je n’avais même eu l’idée de le tromper ! Sur le chapitre de la fidélité, j’étais du genre psycho-rigide. Et le pire c’est qu’aujourd’hui je ne regrette rien . Je suis mariée avec Jean –Hervé depuis 1999. Nous avons deux enfants, deux garçons, nés à deux ans d’intervalle, en 2000 et 2002. Il est chirurgien. Et moi femme de chirurgien…. En fait, je suis la parfaite bourgeoise de province, une « desperate housewife» dans toute sa splendeur : une belle maison, de beaux enfants en bonne santé. Ca fait des années que je ne travaille plus , depuis que me suis arrétée pour élever mes garçons. Jean-Hervé ,lui, est reconnu dans son métier. Trés connu même à Nice où nous vivons . Il part le matin a 7 heures, revient a 9 heures du soir . Pendant ce temps , je m’active, je n’ai pas cinq minutes à moi. Prisonnière de cette vie de femme au foyer dans laquelle je me suis enfermée .
Moi, je suis « la femme de…»Je pourrais vous écrire des livres entiers sur cette misère, cette frustration…. Quand je me retrouve dans une soirée, qu’ on me demande : « et vous qu’est ce que vous faites ? » Je réponds : « Rien, je ne fais rien… » Et je ris, heureusement, j’ai un peu d’humour. « Mais c’est le plus beau métier du monde, ça ». Tu parles ! Le premier Juillet 2006 , on était donc avec mon mari, comme ça dans une soirée chez des amis qui ont une sublime maison à Tourtour dans le Haut-Var . Une soirée blanche ! Tout le monde en blanc ! Tous au bord d’une grande piscine entourée d’oliviers, avec dans le fond un écran plasma qui retransmettait le match France –Brésil. La coupe du Monde de foot en direct! 21 heures : Jean-Hervé et ses copains étaient comme des fous. Nous, les femmes,on les regardait en souriant. Au bout de 90 minutes, score : 1-0 pour la France. Le Brésil est éliminé . C’est exactement à cet instant-là que mon histoire avec Marco a commencé. Ou plutôt recommencé. Tout d’un coup ,au milieu des cris de joie, j’ai revu son visage , imaginé sa déception. Dans ma chambre , après, je lui ai envoyé un e-mail . Comme un message de condoléances.
Marco , je l’avais connu en 1991, sur un campus californien, j’avais 21 ans. Il en avait 26, il venait de Recife . Nous étions tous les deux dans le même programme d’étudiants étrangers pour apprendre la langue de l’oncle Sam. Le premier jour de cours, un coup de foudre , comme probablement on n’en vit qu’ une fois dans sa vie . Mais au bout , une vraie déception: Nous étions dans la voiture qu’il avait louée, sur le point de concrétiser, soudain il s’arrête, il me regarde dans les yeux : « il faut que je te dise …Je ne peux pas faire ça , je regrette … » Il était déjà avec une fille et il était clair dans son esprit qu’elle avait priorité. Pour moi , ça a été un moment trés violent. On est toujours restés en contact ensuite mais de manière un peu conventionnelle. En 1999, pour mon mariage , je lui avais envoyé un faire part . « Je suis trés heureux pour toi… » m’avait-il repondu .
Donc,je lui envoie ce mail. Et d’un seul coup , tout repart . Il me répond tout de suite , il me dit que son pays vit une tragédie, mais qu’il est heureux que je reprenne contact. Le lendemain, nouveau mail. Je lui raconte un peu ma vie et j’ai de nouveau 20 ans….. L’été passe . En juillet c’est la canicule . Horrible, pesante. En aoùt, on loue une maison au bord du Lac de Côme , il pleut tout le temps, je n’arrête pas de m’engeuler avec Jean-Hervé. Septembre: les enfants rentrent à l’école, je me sens libérée. Je lui envoie un nouveau mail : « Et si on se retrouvait là où on s’est connus ? A L. A ! ». Il me répond : « Daccord . Quand tu veux ! »
Je riais toute seule devant mon écran d’ordinateur. Le besoin de le voir , l’envie qu’il me prenne dans ses bras, qu’il m’embrasse , qu’il me touche….Il me fallait un alibi. J’ai inventé une veille copine. Mes enfants ? J’allais les caser a mes parents. Marco est marié aussi, il dirige une société de transport, il pouvait voyager facilement, mais il avait peur, il fallait que je le rassure. Les préparatifs ont duré 6 mois. A partir de janvier on s’ envoyait quatre ou cinq mails parjour, souvent chauds-brulants. Les dernières semaines ,je me souviens, c’était l’angoisse. L’ impression de préparer ma première boom! Comme si je jouais ma vie ! Et si Jean Hervé s’apercevait de quelque chose ? Et si Marco changeait d’avis au dernier moment? Et est-ce que j’allais encore lui plaire ? C’était si important: nous allions enfin peut être réussir ce que nous avions raté 15 ans plus tôt dans sa voiture….
Une semaine pile ! C’était la règle du jeu. Et c’était rassurant. Quoiqu’il arrive, je rentrerais à la maison à la fin de ces petites vacances. Je ne mettrais rien en péril ! 24 février 2007, aéroport de L.A : mon avion atterrit une heure avant le sien . Un timing parfait. J’imaginais des retrouvailles comme au cinéma: je saute dans ses bras et on s’embrasse à n’en plus finir. Mais non, il était retenu par le bureau de l’immigration. Je l’ai attendu des heures dans la chambre d’hotel, du coup je me suis endormie. Et puis soudain , enfin, la porte s’ouvre. C’était lui : 1m95. 90 kg. Une allure d’acteur de cinéma. Ouf. Il n’avait pas changé. On était un peu génés . On part au restaurant. On n’avait pas faim, on prend une salade pour deux. On rentre . On passe chacun sous la douche . Là, on s’embrasse . Et ça démarre.
Ca a duré six jours . Tous pareils , tous merveilleux . Et cinq nuits, cinq nuits de conte de fées. On vivait notre phantasme et ça nous apaisait. Le matin, j’allais courir sur la plage. Aprés on allait se promener tous les deux main dans la main,on faisait les boutiques de Rodeo Drive. Pas de rôle à tenir, pas de voisins pour nous voir. La liberté ! J’étais si loin de Jean-Hervé et si proche de Marco. L’inverse de ma vie de Nice. . On se parlait bien , on se parlait de nos enfants , jamais de nos conjoints. Ou alors ne parlait pas et c’était encore bien . J’avais imaginé de la passion, mais non, entre nous c’était mieux que de la passion .C’etait du désir . Et de la complicité. De l’attention de tous les instants. Du bonheur . Oui c’est ça . Aux cotés de Jean Herve , j’avais peu à peu perdu la flamme , renoncé. Là , je me retrouvais. Je n’étais plus « la femme de … » J’étais moi. J’étais heureuse. Le dernier soir, j’ai commandé une bouteille de Champagne français et on est allés la boire sur la plage , sous la lune . En suite on s’est dit au revoir, comme si on allait se retrouver le lendemain .
Jean-Hervé ne s’est douté de rien , il ne sait pas. Personne ne sait….. Je vous raconte ça, c’est un plaisir, ça me fait du bien. A L.A , j’ai vécu un rève. Là, je prolonge mon rêve. Je me dis que j’ai eu cent fois raison de faire ça , qu’il y a des moments dans la vie où il faut aller au bout, se donner les moyens de vivre ses phantasmes. Marco et moi, c’était écrit ! Il fallait que je vive ça ! Je n’éprouve strictement aucun sentiment de culpabilité . J’avais envie et besoin de me faire plaisir, je me suis fait plaisir. Et j’ai donné du plaisir à Marco, sans rien retirer à mon mari. Je n’ai fait de mal à personne .
Avec Marco , nous continuons à nous envoyer des mails . Et chacun est un petit bonheur dans ma vie. Il me manque. Si demain, il m’écrit « rendez vous à Tokyo ! », je pars . Nous nous retrouverons, j’en suis sûre , même si je ne sais ni le jour, ni l’année, ni où . Peut être encore à L.A….. Pas question de vivre ensemble en tous cas , de tout quitter . Je ne laisserai jamais mes enfants et je ne les enlèverai jamais non plus à leur père . Notre escapade californienne n’ était qu’une escapade. Une semaine à part dans nos vies. Juste un rêve. Une parenthèse enchantée .
ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber
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