dimanche 16 mars 2008

C’EST MON HISTOIRE « Six ans dans le même bureau que ma rivale! »

Ils étaient ensemble dans la vie, et travaillaient dans la même société . Un jour Olivier a quitté Raphaëlle pour Christelle, une collègue plus jeune. Et le calvaire a commencé. Raphaëlle a aujourd’hui 33 ans. Elle raconte.










Elle était ma collègue de bureau et ma rivale. Elle m’avait pris l’homme que j’aimais! Pendant six ans, on est restées toutes les deux à travailler dans le même bureau, l’une en face de l’autre, sans se parler. Je voyais Olivier venir la chercher pour déjeuner. Le vendredi, je sortais du bureau , je la voyais monter dans sa voiture, il avait les skis sur le toit et sa fille derrière. Il l’emmenait dans une station de ski, exactement comme moi, il m’emmenait avant. J'étais tellement malheureuse! Je ne pouvais pas partir . J’avais peur de ne plus avoir de boulot. Mais tout de même ….Aujourd'hui je me demande comment j’ai pu rester si longtemps sans réagir. Un peu comme si j’avais eu besoin de me punir .




La première fois que j’ai parlé à Olivier, c’était en 1997. Devant la machine à café. Il n’était pas très grand, il avait des yeux malicieux, c’était ce genre de garçon dont on dit: « il a du charme! ». On parlait moto; moi, je suis une fana. J’avais 23 ans, c’était il y a dix ans. Il avait sept ans de plus que moi, il était marié et avait une fille . Moi j’avais un petit ami à Périgueux mais je ne le voyais que le week-end. Un sportif. Il avait toujours des matchs et la veille des matchs, pas question de calin, « ça coupe les jambes » disait-il. Olivier était différent, plus à l’écoute. Il avait une moto 650 free wind bleue. Il m’emmenait faire des ballades. Après plusieurs mois à refuser ses avances, j'ai craqué.


Au début, personne ne savait qu’ on était ensemble . Il était inspecteur commercial et moi télé-conseillère. On se retrouvait en réunion le lundi. Il partait toute la semaine effectuer ses tournées et je le retrouvais le vendredi soir à Bordeaux, où traditionnellement il y a un grand rendez-vous de motards. Il voulait quitter sa femme mais à cause de sa fille, ça me gênait. Mes parents ont divorcé quand j’avais 16 ans, mon père est parti pour « une autre femme. Du coup avec Olivier , je revivais ce traumatisme, j’étais « cette autre femme »,c’était insupportable. Seulement voilà, sa femme a eu des soupçons, elle l’a fait suivre un soir, en voiture et trois jours après, un matin, il m’a retrouvé a la machine à café et m’a dit : «On a parlé avec ma femme. C’est décidé. Je m’en vais. Je loue un appartement. A partir de maintenant, toi et moi, on vit ensemble».



Il a trouvé un appartement à 500 mètres de chez moi mais jusqu’au divorce, nous restions clandestins. Il m’a présenté sa fille, adorable ; le divorce a été prononcé et trois mois après, je me suis enfin installée chez lui. Il était très amoureux. Il pouvait m’appeler dix fois dans la matinée. Mais dés qu’on a été complètement ensemble, ça n’a plus été , je le trouvais possessif, directif. Sa fille venait dormir chez lui un week-end tous les quinze jours et il fallait que je ‘m’éloigne pour qu’ elle ne sache pas qu’on vivait ensemble . J’ai passé le permis moto. Il a acheté une nouvelle machine, plus grosse et m’ a revendu son ancienne moto. On partait dans de grandes ballades à Nice, à Saint-Tropez. Ca c’était bien…Et là-dessus, Christelle est arrivée dans notre vie.





C’était en 2000. Elle était originaire du Lot-et-Garonne et sortait d’un IUT. Une très jolie brune. Plus jeune que moi de six ans. Tout le monde disait : « elle est super mignonne ». Je l’ai prise sous mon aile. Je lui ai expliqué le travail. Et je lui ai présenté Olivier….Pendant toute la fin de l’ année 2000, je sentais qu’ entre lui et moi, ça allait de plus en plus mal mais je n’imaginais pas ce qui se passait dans mon dos. Pour le réveillon du nouvel an, il est resté a Bordeaux et je suis montée faire la fête chez mon frère à Paris. Ca n’allait plus du tout entre nous et quelques jours après, en janvier, je lui ai dit que je voulais faire un break. Ce n’était pas une vraie séparation, je me demandais juste: est-ce que je dois continuer avec lui? Est ce que je suis heureuse?



Christelle me faisait ses confidences. Elle me racontait qu’elle avait une liaison: «je suis très amoureuse, c’est quelqu’un du bureau On s’est vus tout le week-end….» Moi, je croyais qu’elle me parlait d’un certain Pierre, un autre collègue. Pourquoi ne me disait-elle pas qu’il s’agissait de lui ? C’était assez pervers! Et puis un matin, elle est arrivée et elle m’a dit: « J’ai quelque chose à te dire» On se retrouve sur le parking. Là: «Alors voilà, la personne dont je te parlais , c’est lui, c’est Olivier …» Elle me raconte qu’il lui fait battre le cœur, qu’ elle couche avec lui. Elle me donne plein de détails. Et là-dessus, elle se met à pleurer. Moi bêtement,je la prends dans mes bras et je la console.



Je suis rentrée chez moi, effondrée. J’ai appelé mon père, oui, bizarrement: lui en premier, avant ma mère. J’ai vu Olivier le lendemain, je venais prendre les affaires que j’avais laissées chez lui. Je lui ai dit : «Tu aurais quand même pu me l’annoncer toi même. Tu as été lâche!» « Tu n’avais qu’à ne pas partir, me répond-il. C’est toi qui m’a quitté quand même. » C’était une discussion affreuse. Il était complètement de mauvaise foi puisque d’une part je ne l’avais pas vraiment quitté; d’autre part, sa liaison avec Christelle avait débuté derrière mon dos, alors qu’on était encore ensemble.



Avec Christelle, on ne se parlait plus. Elle était assise en face de moi toute la journée et je ne supportais plus cette situation. Bêtement j’ai essayé de le reconquérir e. Et j’y suis arrivée. Un jour, je lui ai dit que j’avais fait une grossière erreur , que je l’aimais toujours. Ca a marché : pendant trois, quatre mois, il a navigué entre nous deux. C’était très dur pour elle. Elle fumait clope sur clope. Je la voyais arriver le matin, des cernes sous les yeux. Elle lui envoyait des mails pour le supplier de revenir vers elle. Je ne sais pas, en fait, ce qu’ elle lui disait mais il a fini par céder. Il n’était pas net …. Alors j’ai rompu une deuxième fois. Et cette fois, vraiment. Il avait choisi. Il l’avait choisie, elle. J’avais perdu.




En Septembre 2001, il a été nommé responsable d’ un service et il a arrêté ses tournées d’inspection. Du coup je le voyais passer tous les jours. Christelle s’est installée chez lui. Moi, il m’évitait. Il ne me disait même plus bonjour. Comme pour me signifier: « tu vois, tout ce que tu as perdu…» Il était arrogant. En tous cas j’interprétais son attitude comme ça. C’était d’autant plus horrible qu’il avait fait en sorte que tout le monde au bureau pense que j’étais la méchante de l’histoire, que c’est moi qui l’avait quitté. Il ne voulait pas passer pour celui qui trompe, pour le salaud.



En 2002, ils ont acheté un appartement ensemble. A partir de ce moment-là, je me suis dit: je ne peux plus rester à regarder ça, c’est trop dur. Il faut que je démissionne. Mais je n’y arrivais pas. Et ça a duré des années avant que je parvienne à me décider. J’ai vécu d’autres histoires d’amour pendant tout ce temps mais tout de même , je m’ en veux d’avoir été si passive. En 2005, elle est tombée enceinte. Ils ont eu un fils . Olivier e amenait le gamin au bureau . Et il fallait que je fasse bonne figure! En 2007, il y a eu une réorganisation des services, Christelle a été affectée dans un autre batiment. Olivier ,lui, allait être nommé responsable de mon service . C’est lui qui allait décider de mes éventuelles augmentations, de mes horaires, de mes vacances. Ce n’était plus possible. Je me suis dit : « cette fois,je m’en vais. »




Je suis partie de la société le 30 septembre dernier . Et j’ai retrouvé un boulot très vite , beaucoup mieux que le précedent d’ ailleurs Tout va mieux maintenant. Je respire . Mais il a fallu que je fasse un vrai travail de deuil. Je peux le dire, même si c’est un peu vulgaire: j’en ai chié! C’est comme si j’avais voulu rester, me complaire dans ce malheur. Cette histoire a failli me détruire, mais aujourd’hui, elle est bien finie. J’ai 33 ans. J’ai l’impression de renaître.

ELLE/ 10 mars 2008/ propos recceullis par Antoine Silber

dimanche 2 mars 2008

c'est mon histoire "j'aime trop mes parents, c'est ça le problème ..."

A trente ans, Julie téléphone à ses parents deux fois par jour et, dés qu'elle a un chagrin d'amour retourne squatter chez sa mère. Elle raconte.





J’ai toujours été première en tout, première partout… Je voulais être parfaite. Faire ce qu’on attendait de moi. Quand je dis « on », je parle de mes parents, je n’ai qu’eux dans ma vie. Jusqu’au bac tout me paraissait aller bien. J’ai fait hypokhagne et puis j’ai présenté HEC et l'ESSEC . Et c’est là que tout s’est déréglé. J’ai raté et ça a été terrible. Je suis partie faire une ecole de commerce de province, pour moi, c’était la honte. J’avais 21 ans,j’ai commencé une psychothérapie. Je suis arrivée chez le psy, je lui ai dis: «je viens vous voir parce que je je voudrais savoir pourquoi j’ai un tel sentiment d‘échec» Il m’a répondu: «avant de vous demander pourquoi, racontez- moi comment….» « Pardon?» « Comment se passe votre vie…»


Je lui ai tout balancé, que j’étais fille unique, que j’avais toujours l’impression de ne pas faire assez bien, que mes parents m’avaient élevé avec l’idée que je devais être mieux que les autres. Ca a duré trois, quatre cinq séances comme ça. Je n’avais pas l’ impression d’avancer. Je le trouvais fermé, buté, ce psy. Il ne me donnait aucune piste. On est arrivé à la sixième séance. Je lui disais que dés que j’ouvre la bouche, mes parents avaient sur le visage cet air béat qui me laissait penser que j’étais un génie. Là le psy m’a arrêté: «Attendez , parlez- moi de votre mère…». J’avais choisi un psy- homme, parce que j’étais sûre que j’avais un problème avec mon père. Je me suis dit: « Il veut me brancher sur ma mère. NON. Je ne continuerai pas cette psy parce que je ne veux pas démolir ma mère…Sans elle, je meurs! »



A ce moment-là, j’étais avec un homme pas du tout fait pour moi. Ca, c’est ma spécialité! Il y en a un comme ça qui passe à portée, un qui va me rendre malheureuse à tous les coups , hop, c’est sûr, je le chope. Déjà lui, il était marié. En plus, il avait dix ans de plus que moi. J’ai réussi à le quitter mais j’ai eu du mal… C’était il y a 9 ans. Aujourd’hui j’ai 30 ans, j’ai eu beaucoup d’aventures depuis, mais le constat reste à peu prés le même. ….L’homme avec qui je suis en ce moment est plus âgé que moi, lui aussi. Mais de 7 ans, seulement et une chance il n’est pas marié. Je ne devrais pas me plaindre: avec Pierre, il s’appelle Pierre, c’est plutôt confortable. Le soir quand je rentre, il a fait à dîner. Je travaille dans une société de production télé, au moins douze heures par jour. J’aime mon boulot. Je réussis très bien . Lui il ne fait rien. Enfin, il fait de la video, c’est une sorte d’artiste. Alors il me fait la cuisine . Il est fou de moi. Il me dit que je suis la plus belle.


A première vue c’est l’homme ’idéal mais voilà, je ne suis pas amoureuse. Pas du tout . Pas plus de lui que de tous ceux qui l’ont précédé. « Amoureuse », je ne sais même pas ce que ce mot veut dire ! Du coup, j’ai des histoires à côté, mais ça ne débouche jamais sur rien non plus , ça le rend malheureux et moi ça me mine. Après, à chaque fois, je vais me réfugier chez mes parents. Dans leur maison de l’île d e Ré. Ou carrément chez eux à Paris. Je peux dîner trois fois par semaine avec eux. Parfois, je reste même coucher. J’ai toujours ma chambre !



J’aime trop mes parents, c’est ça le problème! Ca fait des années que je me dis ça, que je ne pourrais tomber amoureuse que si je décolle de chez eux . Je les appelle tous les jours! Ma mère, souvent deux fois par jour. En fait, je me sens encore très fille ,pas du tout femme comme elle. Elle est très féminine, ma mère ,toujours élégante . Elle me dit: «mais arrête de mettre des baskets et des sweet à capuche…» Ou : « Un jour ,il faut bien passer aux escarpins…» Elle a raison, elle a toujours raison: ça fait dix ans que je suis en en gazelle, en new balance, en Stan Smith !



Elle est chef d’entreprise. Et tellement géniale, ça fait presque peur. N’empêche, elle est toujours là pour moi. Dés que j’ai un problème, un texto ou un mail et elle me répond: « tu vas faire ci, tu vas faire ça » Ce n’est pas qu’ elle soit douce, ce n’est pas la maman câline, enveloppante. Elle,c’est plutôt: « allez , secoue-toi, tu ne vas pas te laisser abattre…» Mais même quand elle m’engueule, ça me réconforte. Ce que j’ aimerais, c’est continuer éternellement à me plaindre, à faire la fille, la petite fille à sa maman. Mes parents m’ont toujours adoré. Moi, j’aimerais rester leur fille toute la vie. Pour l’éternité….




Depuis quelque temps, je me demande si je ne vais pas quitter Pierre. Lui ne le sait pas encore mais eux, je le leur ai dit. Ils sont inquiets, d’ailleurs , ils l’aiment bien, Pierre. Il ne comprennent pas ma décision. Du coup, ils me bassinent avec ça chaque fois que je les vois. C’est le problème avec les parents soixante-huitards, ils veulent dialoguer et au nom du dialogue, ils vous communiquent leurs angoisses. « Tu es sûre de ce que tu fais, me dit mon père, Pierre c’est quand même un gentil garçon…» Ma mère elle, c’est carrément: «Mais alors, tu ne vas jamais arriver à te fixer? » Maintenant je suis moins réactive mais un jour elle m’avait dit ça, ou un truc comme ça et j’avais explosé: « J’en ai marre de ton jugement permanent. Tu crois m’aider et tu me casses »J’avais claqué la porte et j’étais partie . J’étais restée fâchée quatre mois.


A ce moment-là, j’en étais à ma deuxième psy. C’était une femme, je progressais. Avec elle ça n’avait pas duré longtemps, non plus . Je 'n avais pas pu aller à une séance .Ni à la suivante . Empêchée par le boulot . Elle m'a quand même fait payer les deux rendez vous . "Vous n'aviez qu'à vous débrouiller..."Je n'ai pas aimé son ton . Lorsque je 'lai revue, pendant tout l'entretien je me disais : " non seulement elle m'escroque, mais elle m'engueule, je vais la quitter . " En disant cela je me suis soudain rendu compte de ce qu'était le transfert: ce n'était pas elle que je voulais quitter, c’était ma mère.



Longtemps ,j’attendais que mes parents me lâchent . Je ne comprenais pas que c’était à moi d’arriver à être plus autonome . J’étais sûre qu’ils ne pouvaient pas se passer de moi. J’ai commencé a le comprendre avec ma nouvelle psy. La troisième. Elle s’appelle Anne. C’est probablement la personne la plus brillante que j’ai jamais rencontrée. Maintenant avec elle, je suis allongée, c’est mieux. Et je la vois deux fois par semaine . Hier pendant la séance, elle me disait:« N’oubliez pas : Dieu dit à Abraham: quitte ton père et ta mère… Ce sont les fondamentaux. » Elle me citait la bible, je n’en revenais pas. J’avais l’ impression d’être à la messe. « Abraham, le premier des prophètes , notre père a tous ….» continuait-elle. Je suis sortie . J’étais contente. Je me sentais enfin sur la bonne voie .

Cela fait quelque temps,maintenant, que j’ai décidé d’ inverser les priorités, de conduire ma vie selon mon désir et plus en suivant celui de mes parents, ou ce que je crois être celui de mes parents. Le problème pour moi n’est plus d’être une bonne fille, la fille parfaite, ce qu’il faut c’est que j’arrive à être heureuse. J’ai compris ça le jour de mes trente ans, en décembre dernier, il n’y a pas longtemps. Mes parents m’avaient organisé mon anniversaire chez eux. Il y avait là ma tante, la mère de Pierre, ma grand mère et d’autres . Je regardais toutes ces femmes . J’étais chez mes parents et je me sentais d’un seul coup comme une invitée, c’était la première fois que j’avais cette impression.

Marta ,une de mes meilleures amies m’a alors dit:« Moi à ton age, j’étais mariée,j’ avais déjà 2 enfants ». Elle a trente-quatre ans, elle. Mais oui, j’ai pensé aussitôt , elle a raison. Ca ne va pas, ça, ça ne va plus . J’ai trente ans. Je ne suis plus une enfant . Je ne veux plus que mes parents dirigent ma vie ,qu’ils continuent de me fêter mon anniversaire comme ça . Là, c’est trop. J’arrête. Je les ai regardés tous les deux, à l’autre bout de la pièce. Ils avaient l’air bien, tranquilles. Heureux . Ils allaient sûrement pouvoir se passer de moi, maintenant.


ELLE. /3 mars 2008/ propos receullis par Antoine Silber

mardi 19 février 2008

C'est mon histoire : Mes nuits magiques au bord du Gange...

c'est mon histoire



Nathalie a trente ans et elle vit à la Rochelle. En Novembre dernier, elle part, sac au dos, un mois en Inde, avec une copine. Et à Varanasi, elle rencontre Dimitri, un jeune diamantaire russe. Elle raconte.







Il y a des gens qui rêvent leur vie. Moi j’ai toujours voulu vivre mes rêves. J’aime voyager. Peut-être par ce que je vis à la La Rochelle, cette ville belle et rebelle comme on dit, complètement ouverte sur le monde. Là, je reviens de quatre semaines d’un voyage en Inde. J’y étais partie avec Géraldine, une amie avec qui j'avais déjà bourlingué, au Mexique, en Australie et à Hawaï. Je savais que ce voyage serait important pour moi. Je pensais que j’étais prête pour l’Inde, pour quelque chose d’ un peu mystique. Mais je ne m’attendais pas a Dimitri. Ni à vivre de telles émotions à Varanesi, cette ville mythique plus connue ici sous le nom de Benares. On vient du monde entier y chercher l'illumination. Et moi, je crois que j’y ai trouvé mon bonheur.



On a débarqué a New Delhi début novembre. On avait un mois devant nous, ce qui est plutôt court pour ce genre de voyage. Trois jours à New delhi et c’était déjà le choc. Cette foule dans les rues . Ces odeurs , merveilleuses, si prenantes. On a pris un avion pour Darjeeling. Je voulais voir les montagnes. Là, nouveau choc: les gens , si généreux, des népalais , on n’arrivait plus à les quitter. De là, on a pris le train pour Varanesi. Le trajet devait durer douze heures, mais on a eu 6 heures de retard et on est arrivées, fourbus , pas lavées , un matin , à 5 heures et demi . On avait passé la nuit à nous battre avec les cafards tout en discutant avec un moine bouddhiste, un homme extraordinaire.



Varanesi! C’est là où je voulais aller ! C’est là que les Indiens veulent mourir. Et moi je cherchais mon paradis. On cherchait un hôtel dans les réelles qui longent le Gange. On trouve finalement un endroit correct, la puja guest house, avec une terrasse superbe qui dominait le Gange. On était le six novembre, on comptait rester là deux ou trois nuits avant de repartir vers Agra pour voir le Taj Mahal, Mais on se sentait vraiment sur une autre planète, on était émerveillées et tous les voyageurs, les gens qu’on rencontrait nous disaient de rester. Le 9, il allait y avoir la fête de Diwali. On nous disait: « Diwali, il faut absolument voir ça. C’est la fête des lumières. Pour les Indiens c’est comme Noël…. » On décide donc de rester jusqu’au 10. On avait enfilé des saris , moi un bleu, Geraldine un orangé. On marchait le long du Gange,on regardait tous ces gens se baignant dans ce fleuve sacré, on assistait aux crémations, c’était fascinant. On rentre. Il était quelque chose comme minuit. De la terrasse, tout le mon de lançait des feux d’artifices et des pétards. Un garçon, très grand, trés beau , me tend des pétards pour que je les lance du toit. Comment il était ? Je ne sais pas . Je ne voyais que ses yeux bleus. Il n’était pas indien mais russe. Et charmant. Je me dis : « Mince c’est dommage qu’on parte demain! » . Je n’étais pas à la recherche de quoi que ce soit, d’une histoire , encore moins d’ aventure d’une nuit mais je sentais qu’il se passait quelque chose. Une ambiance particulière.



On va se coucher. Le matin du 10, je me réveille avec une grosse fièvre. On doit partir le soir, je décide de me reposer et je passe ma journée à dormir sur notre si belle terrasse. A 16h, je bouge. Je tiens à faire une dernière fois une balade le long du Gange. Géraldine m'accompagne. Tout a coup on nous interpelle, le garçon de la veille: Dimitri. Ses yeux! Il nous dit ; " ce soir , c’est la fête, la vraie . Il faut que vous restiez ! " Il insiste . On parle. Il nous raconte qu’il a vécu en Inde jusqu’à l’âge de 15 ans parce que sa mère est de Pondichery. Il a 29 ans, un an de moins que moi maintenant il vit à Moscou mais il vient ici quatre fois par an acheter des pierres précieuses. Il est diamantaire. On regardait le Gange, tous les deux. Moi, j’étais un peu dans le coltard, pas maquillée en plus , en jean et débardeur noir. Mais heureuse, j’avais envie que tout ça dure. Il me dit alors: « Méfie toi des voeux que tu fais en Inde, ils se réalisent toujours … »


Notre train pour Agra quittait Varanesi à 6 heures du soir. Je vous passe les détails mais on décide de ne pas le prendre. Geraldine va se coucher et je reste avec Dimitri sur la terrasse .Et puis on va dans sa chambre, une super belle chambre avec un balcon sur le Gange. Les étoiles et la lune se reflètent dans l’eau. C’était féérique. Moi je pense qu’ il n’y a pas de hasard, que des rendez vous. Je DEVAIS le rencontrer, et il fallait que je vienne là pour ça! Il sortait d’une longue histoire, assez douloureuse et moi j’étais seule depuis un an. J’avais vécu cinq ans avec un garçon, mais c’était bien fini. Avec Dimitri, ce qui me plaisait, ce qui me plait, c’est qu’il y a beaucoup de respect. On s’est longtemps regardés dans les yeux avant de s’embrasser. Tout était simple, aussi. A deux heures du matin, on est descendus ensemble chercher des préservatifs, on en a trouvé dans une petite échoppe. On marchait dans la nuit de Varanesi, je me disais: « mais qu’est-ce que tu es en train de vivre? ». Je me sentais emmenée, attirée vers lui par une force irrésistible, comme envoûtée. Il caressait doucement mes lèvres , c’était si puissant et en même temps si délicat.



Se mettre nu devant lui ne ‘m a posé aucun problème , on était très naturels, très vrais tous les deux . Et après, ça a été merveilleux. Fusionnel, il n’ y a pas d’autre mot….Je me suis réveillée le lendemain matin dans ses bras , vers dix heures. De la musique indienne arrivait par la fenêtre, il me serrait contre lui, j’éprouvais un incroyable sentiment de plénitude.
Je suis allée voir Géraldine, et on a pris ensemble le petit-déjeuner. Je lui ai tout raconté, elle était super contente pour moi. Puis je suis remontée dans la chambre et on a refait l’amour. On était le 11 novembre! On est partis déjeuner en ville et prendre les billets à la gare mais les trains étaient complets jusqu’au 14. Lui même repartait ce jour là pour Moscou. C’était incroyable, ce délai que le destin nous accordait, comme s’il était écrit qu’on devait passer encore un peu plus de temps ensemble.



On parlait tout le temps .Et quand on ne parlait pas, on faisait l’amour. Le lendemain, il m’a emmenée voir un sadhu, une sorte de saint qui m’a expliqué que dans une vie antérieure ,j’étais morte à 32 ans mais que dans celle ci je dépasserai les 9O. Et il a précisé : « tu vivras à l’étranger. Tu feras des enfants dans un autre pays que le tien. » Quel pays ? Il ne le disait pas .



On n’est jamais allés a Agra , Géraldine et moi. Après Varanesi, on s’est retrouvées directement au Rahjastan. Avant de reprendre l’avion pour la France. Est-ce que je vais le revoir? Je me pose la question depuis deux mois, maintenant. On s’est dit et répété qu’on allait garder le contact. Quand on s’est quittés, le 14, à la gare, il m’embrassait et il me disait qu’il était sûr qu’on se reverrait. « Ce n’est pas possible autrement ! » Je ne sais pas pourquoi,mais j’y crois.




En rentrant de voyage, moi j’ai toujours du mal à redescendre sur terre, à me réadapter, mais là, ça a été terrible. Dans ma tête, j’étais encore au bord du Gange, avec Dimitri. Depuis huit ans, je vends des vêtements de sports, j’ai super bien vécu, très bien gagné ma vie. Mais je sens que c’est fini. Je ne veux plus présenter de collections dans des shows rooms, dans de grands hôtels. Je n’ai plus envie de faire du chiffre, être dans l’hyper- matérialisme. Ces dernières années,pendant ces voyages, j’ai rencontré tellement de gens vrais, je me suis découverte. Je veux trouver un travail dans une ONG ou quelque chose en rapport avec le voyage. De toutes façons, je sais que je vais repartir…. Dimitri est à Moscou. On s’est appelés plusieurs fois depuis notre retour. Et encore la semaine dernière, un soir, vers minuit. Je veux aller maintenant dans le sud de l’Inde. Il m’a dit que si j’y allais, il me rejoindrait là-bas.

ELLE. 18 février 2008. (propos receuillis par Antoine Silber)

samedi 9 février 2008

C'est mon histoire :« Je le regardais chanter, il m’hypnotisait…»

Marina a 30 ans . Elle est mariée avec deux enfants; elle a une petite vie tranquille. Mais les concerts l'électrisent. Un soir, elle flashe sur une rock-star.






Moi j’aime les bad boys. Pas bien rasés, avec des tatouages. Exactement le contraire de Laurent, mon mari !

J’ai deux enfants, deux filles de 5 et 2 ans et Laurent et moi ,on est ensemble depuis sept ans . Il est cadre dans une banque.Trés classique, très bcbg, mais adorable. Lui, il n’aime pas aller à des concerts . Il adore s’occuper des enfants et il me laisse faire ce que je veux. Je sors d’ un an de congé parental qui a suivi un an de congé maternité . J’ai perdu mes vingt kilos . J’avais besoin d’air , de fun. Je me suis mise a sortir de plus en plus. Plusieurs fois par semaine. J’ai vu Cali dix fois. Je crève de ne pas voir Miossec, mon préféré, plus souvent.

Je ne vais pas à un concert juste pour rentrer avec un type. Simplement si ça se présente , maintenant je prends.

J’aime la musique, l’émotion que certains musicos dégagent. C’est ça que je recherche: l’émotion. Laurent est bien mais carré , pas vraiment dans l’émotion. Dans le noir des salles, moi je me trouve plus belle. Du coup, c’est un peu un engrenage , une drogue… Un soir, comme ça, j’ai découvert sur My space, une musique,qui m’a littéralement scotchée. Une voix . Des textes. Comme si ça parlait de moi ! J’ai envoyé un message sur la page du groupe pour les féliciter, leur dire que j’accrochais vraiment. Et quelques jours après je me suis retrouvée dans une petit salle , au studio de l'Ermitage, à Menilmontant, où ce groupe passait

J’essayais de repérer les membres du groupe, J’aperçois un garçon, pas très grand, avec une drôle de bonnet et un tatouage sur le poignet. Je plante mes yeux sur lui, je n’arrête plus de le regarder. Il monte sur scène . Il se met à chanter et c’est bizarre parce qu’il est juste trop beau, trop touchant. Il a les yeux fermés mais je sens qu’il me regarde . En plus, les paroles, c’est si fort : j’ai l’impression que tous ses mots sont pour moi.


Je ne voyais que lui, comme s’il était seul sur scène. Je me sentais happée par lui. Je regardais ses doigts sur le manche de sa guitare, hypnotisée. A la fin du concert, je me dis : "Je vais le voir. Je lui dis qu'il me plait". J’arrive. Je me présente. « Bonjour Marina….me répond il , Ah oui on s’est un peu parlé sur my space. C’est cool que tu sois passée! » Avec lui, à coté, une fille, genre la fan absolue. Il me présente « Mon ex » précise-t-il. Je ne savais plus quoi dire. Je suis repartie vers le bar boire une bière et puis je suis rentrée. J’arrive chez moi, j’avais tellement bu . Les enfants dormaient depuis longtemps. Laurent aussi. Mais il fallait encore que je lui envoie un message sur son My space . Et devant mon écran, je me suis lâchée. Je lui ai écrit que je ne pouvais pas me coucher sans lui dire un mot par ce que j'avais eu toute la soirée envie de l'embrasser… ».
Le lendemain, il m’a répondu qu’ il etait touché. Et il a ajouté: « Je suis très timide. ». Ca m’a étonnée parce qu’il serrait ma main de tout le monde dans la salle. Je lui ai laissé un autre petit mot, un: "je t'embrasse". Je lui ai dit qu'il ne risquait pas grand chose avec moi, que je ne cherchais pas l'âme soeur, que je voulais juste du rêve. Pour moi, il etait un joli rêve.



En réalité , je me demande si je n’ai pas été trop entreprenante avec lui . Si je ne lui ai pas fait peur. Un soir, je lui ai écrit: "je t'embrasse où tu veux". Le lendemain, il m’a avoué qu’il aimait qu’on lui embrasse les seins, mais qu’aucune fille n'y pensait jamais. Je lui ai promis que quand on se verrait , moi j'y penserai !!! Il passait quelques semaines apré s à la Flèche d'or. J’ai attendu cette date des jours et des nuits. J’arrive à Paris . Juste avant le concert, je vais chez Virgin à Barbès où Amélie Nothomb signait son dernier livre. J et moi , on avait parlé d’elle. Je voulais qu’elle me fasse une dédicace pour lui. Je me disais : il sait que j'aime Amélie Nothomb, s'il ne me reconnait pas. Avec le livre, il saura qui je suis.



Il chantait et j’étais au premier rang . IL a quitté la scène , j'ai bu 2 bières pour me remettre avant d'aller le voir. Surprise c’est lui qui est venu vers moi. Je lui ai donné le livre, il ne s’attendait pas à ça . « Je suis sous haute surveillance » m’ a t il glissé a l’oreille en me montrant son « ex ». Ca a pris une heure pour qu’il se débarasse d’elle et qu’il me rejoigne enfin.



Il n’était pas en voiture, je l’ai raccompagné.
Je conduisais et il ne se passait rien. Alors a un feu rouge, j’y suis allée. Je ‘lai embrassée et c'était tendre et doux. On arrive chez lui, on n’était pas collés , il ne me tenait pas par la main. Rien . On monte. La lumière. ! J’avais peur qu’il me trouve moche ! Il ne bougeait pas . « Ca ne t’’embète pas si je me roule un joint ? » Il me demande aussi si je prefère qu’on écoute Bjork ou Tricky, de la musique électro. Je dis « Bjork » J’aurais peut-être du choisir l’autre, Bjork, c’était un peu flippant.



Il fumait .Il me caressait les cheveux. Il y avait un canapé-lit, on le déplie. Moi je ne me deshabillais pas . On se caressait mais je ne me sentais pas capable de me retrouver toute nue avec lui. Je lui ai fait une fellation, c’était bon ,j’ai adoré ça. Je me rappellerai ce moment toute ma vie . En partant il m'a prêté un dvd, comme pour me dire qu’ on allait se revoir . Il était cinq heures du matin . Il m’ a demandé de lui envoyer un texto quand je serais arrivée . Il s’inquiétait pour moi. Il était gentil .




Je ne cherchais pas une histoire d’amour, pas un truc régulier. Mais lui, c’est un romantique ! Après il m’a dit: « ce n’est pas trop mon genre de rentrer avec une fille, juste pour baiser. Ca me destabilise ! » Je n’ai plus eu de nouvelles , sauf une fois, un texto où il me disait: "salut Marina... sorry, pour mes silences et mes absences, mais je suis un peu occupé. Je n'oublie rien de ce petit moment de douceur passé ensemble... J'espère que tu vas bien. bisou." Je lui ai répondu en lui proposant de m’accompagner dans une salle que j’aime bien à Ris-orangis pour un concert du groupe « Girls in hawai ». Et il est venu ! Là aussi, après le concert, je ‘lai raccompagné et ça a fini comme la première fois , par une fellation. Il ne faisait rien. Il ne disait rien . Il attendait . Je lui ai demandé s'il me trouvait moche, puisqu"il n'avait pas l'air de me désirer. Il m’ a répondu : « non, pas du tout. Simplement je ne sais pas parler, juste chanter … » Après, le lendemain, il m’a envoyé un texto : « c’était d’enfer » Un peu comme si les filles d’habitude ne lui faisaient pas çà. Ou pas aussi bien.



Il n’ y a plus eu d’autres rencontres , même si on s’envoie encore régulièrement des petits mots . J’ai encore découché un soir pour passer la nuit , mais avec un autre musicien, un batteur et c’est comme si, là aussi, je me mettais en danger volontairement.



Vous connaissez cette chanson de Miossec , « La fidélité » ? Elle dit: « Et je sors/ Et je drague comme on crève/Avec tellement de choses à regretter/ Comme ta langue sur mes lèvres/ » Je l’écoute. Je pense à J et toutes les émotions reviennent. Je ne suis pas sûre que je resterai avec Laurent jusqu’à 60 ans. Et c’est pareil pour le boulot : il faut savoir changer, évoluer . J’étais assistante de direction mais depuis la dernière rentrée, j’ai commencé à suivre des cours de gestion. Pour avoir mieux . Je n’ai jamais autant travaillé . Peut être que je vais me planter mais je préfère cent fois échouer que de ne rien essayer.



Moi je ne veux pas être condamnée a vivre ma petite vie sans essayer autre chose. Sans prendre de risques. Là, j’ai encore pris un gros risque , un risque énorme: je me suis coupée les cheveux. J’ai un visage aigu. Je m’étais toujours dit : « les cheveux courts , ça ne peut pas m’aller, ça me durcit encore plus …. » Et j’ai osé. Tout de suite après j’étais sure que je m’étais plantée mais maintenant je suis hyper contente. Je me regarde dans la glace.Je m’aime bien avec mes cheveux courts , et plats dessus. Je ne regrette rien .

ELLE.4 février 2008. Propos receuillis par Antoine Silber

C'est mon histoire :« J’ai 24 ans et demi, les yeux verts … »

C’est mon histoire


T/








Dans sa vie, il y a Rémi. Entre eux, la relation est tendre, sexuelle et….à éclipses. Clémence, 24 ans « et demi», comme elle le précise, nous donne, avec humour, sa version de « Sex and the city »




J'ai 24 ans et demis, les yeux verts et un grand sourire. Je suis brune après être passée du rouge au noir (ma période gothique qui ne m'a jamais vraiment quittée), et puis au blond…J’aime les bijoux, les magazines, je suis une fille un peu clichée
parfois…J'aime fumer.J’aime conduire mais j’ai peur d’ aller sur l'autoroute. J’ai peur des escaliers aussi, je tombe tout le temps. Je chante mal, mais j'organise bien les karaokés. J’aime rire, je ris très fort.J’aimerais bien avoir une voix grave, rauque mais je me coltine une voix de petit pinson enjoué.

Je suis étudiante en Lettres.

J’aime Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. Tchekhov, Pennac, Brink et Labro. Et les sœurs Brontë. Je traîne mes études depuis 6 ans. Je fais des remplacements comme prof. J’ai un bon feeling avec les ados de 14 ans, mais je sais que je ne ferai pas ça toute ma vie.

Je m’habille BCBG, on dit que je suis classe. Il y a toujours une touche de couleur dans ce que je porte. Un sac violet, une écharpe rose.J'ai été grosse mais je ne le suis plus. Ma mère trouve que je devrais être plus mince encore mais moi je me trouve pas mal. Je m'aime bien.

Je suis trop spontanée, c’est ce que disent mes copines. Entre nous, on philosophe, on se fait des petites réflexions sur la vie, les mecs:
"Il a le sexe, comment dire, spongieux, tu vois ce que je veux dire??"
"Meeeeerde-……"
Ou alors
"Non, mais tu crois qu’ il a un syndrome d’ engagement impossible ce type?"
" Ouais, y ‘a des chances ! Il a pas digéré son ex. Il est pas sain. Ca pue la galère."
"Si j'y vais, tu me soutiendras?"
"J'ai déjà prévu des paquets de clopes."
"Ok merci"
Nos histoires, on les dramatise, on en rigole:
"Tu crois qu’il m'aiiiime?"
" Nan"
"Ouais, t as raison. Moi non plus…"


A un moment, j’allais énormément en boite. Je dansais sur les tables totalement saoule, en hurlant "la vie est belle!!!" C’était le temps où elle n’était pas belle, où j’allais mal. Maintenant je vais bien. Oui,je suis contente de dire que je vais bien. Même si je n’ai pas vu Rémi depuis un
mois….


Comment décrire Rémi? 28 ans.Avocat. Très diplômé. Très prometteur. Brun, les yeux noirs. Très beau. Il a un grain de beauté sur son menton carré. Un gros nez, j'adore les gros nez (chez les hommes), c’est oedipien, ça! Je trouve Depardieu sexy, c’est un peu exagéré mais l'idée est là. Revenons à Rémi… Il a une voix grave, très masculine. Il parle lentement, il dit "Bonjour" d’une façon suave, je fonds. Après il me dit que je suis magnifique, sublime, je n’ai plus de mot… Il danse la salsa comme personne. C’est un latin, il est sensuel, séducteur,manipulateur, parfois odieux.Très manipulateur !
Il y a cinq ans, je sortais avec Peter, j'avais 20 ans. Peter? C’est un « garçon », par opposition à « homme ». Pas très mûr. Gentil, très gentil, mais beaucoup de problèmes. On faisait partie d’une bande dans laquelle il y avait Rémi ,lequel avait une copine qui s’appelait Julia. A cette époque,je n’allais pas bien. Je suis partie enseigner un an à Glasgow. Je buvais énormément: 5, 6 gin tonic dans une soirée. J’étais une vraie loque. J'ai rompu avec Peter. J’ai rompu avec mes parents, aussi. Avec ma mère,on ne se parlait plus, on ne se comprenait plus. Ca me fait mal quand je pense à quel point j’ai fait souffrir mes parents à ce moment-là ! Un soir, j'étais tellement mal, j’avais le couteau sur mon poignet. J'ai eu un moment de lucidité, heureusement,je suis allée aux urgences psychiatriques. Ils m'ont repêchée.

J'ai fait le tri de mes amis. J’ai repris l'université. J'ai arrêté ma psychothérapie. Je ne sortais plus, en tous cas plus en boîte et puis un soir, en mai 2006, on me traîne quand même dans une boite d’ étudiants.A une soirée « jupes ». Jupes, pour les garçons aussi ! Je faisais la queue devant les toilettes avec une copine, on pouffait en regardant ces grands gaillards en jupes roses à pois.J'entend une voix masculine qui dit "Vraiment n'importe quoi!" en riant.Je me retourne et là: Rémi ! D’un seul coup,tout me revient ,tout ce passé, Peter, Rémi, la bande.Et cette soirée du Nouvel an 2004 où on était allé avec Peter passer 3 jours à Val d’Isère chez des amis et où Rémi était là,aussi, avec Julia.Il y avait eu alors quelque chose entre Rémi et moi ,pas grand chose, presque rien, mais quand même. Il était trois heures du matin, j’allais me coucher, tout le monde dormait, je tombe sur lui dans le couloir. Moi, dans un pyjama ridicule en pilou avec des nounours.Lui, trés joyeux. Il me saisit par la taille, plante ses yeux dans les miens et me murmure à l’oreille:« t’es tellement sexy !». Il me fait un bisou trés tendre, très prés de la bouche. Depuis, cette scène me hantait… Alors là, dans cette boîte,tout d’un coup, je le retrouve devant la porte des toilettes, je le regarde et la seule chose que je trouve à dire, c’est: "t'es toujours avec Julia?" Et lui:"non". Et il sourit. Il est libre. On est libres.Toute la soirée, ensuite,on rigole, on se frôle, on s’aperçoit qu’on a grandi.On s'embrasse. Il me dit qu’il ne veut pas de relation sérieuse. Je lui réponds:« ça me convient». Et on finit la nuit chez lui. Bien sûr.


On a bu et fumé à la lueur des bougies. Il était délicat, doux. C'était cool. C’est rare que je sois cool avec un homme quand je sais que quelques minutes après, il va me voir nue. On a recommencé à s’ embrasser (est-ce qu on avait vraiment arrêté?). Il a doucement enlevé ma robe. J'ai retiré sa chemise. Il avait un corps magnifique, vivant. Je sentais ses mains dans mes cheveux,sur mes épaules, le long de mes bras, sur mes pieds, sur mon ventre, partout. Il avait quatre mains! Il me répétait: « tu es belle ». Il prenait son temps. On a fait l'amour des heures et des heures. Il a commencé à faire jour. Je devais rentrer.

Depuis, on est ensemble . Enfin, ensemble… Il y a eu des nuits torrides. J’ai commencé à m'attacher. Il ne voulait toujours pas être en couple, mais moi si, en fait. Je ne pensais même qu’à ça: on prendrait tout à deux les bonheurs, les malheurs,les joies, les emmerdes. Parce qu’à deux c’est mieux, c’est plus facile que seul. Aimer l’autre. Etre solidaire. Faire un enfant avec lui. J'avais envie d'un enfant. J’ai envie d’un enfant. Mais pas lui, alors au bout d’un moment, je me suis éloignée , je suis sortie avec un autre garçon. Mais on s'est revus et on a refait l'amour et il y a eu d’autres nuits torrides et encore des soirées pleines de câlins, d'affection,de tendresse.

Quand on est célibataire et qu’on le vit, disons pas trop mal mais pas non plus super bien, c’est important la tendresse. J’arrive chez lui, il me prend dans ses bras,il m’embrasse,il me caresse les cheveux, j’ai l’impression qu’il a quatre mains, je suis dans un cocon chaud et agréable,ça me réchauffe.Ce n’est peut être pas de l’amour mais ça me fait du bien. Quand je le vois, il peut faire de moi ce qu’il veut. Quand je ne le vois pas je fais en sorte qu’il ne me manque pas. Il n’ est ni un ange, ni un salaud. Il est juste comme nous nous tous ( et toutes): un peu paumé dans sa
vie. Il se réfugie dans son travail et il baise à coté.Parce que oui: il baise, il n’y pas d’ autre mot. Sans sentiments mais bien. Il baise bien. Peut-être voudra-t il à un moment s‘engager davantage avec moi. Peut-être est-ce que je rencontrerai quelqu'un d'autre.Je ne sais pas. Je ne connais pas la suite de l’histoire.Je sais juste que j’ai envie de la continuer avec lui.

Rémi, c’est mon Mister Big! Vous savez le mec de Carrie Bradshaw dans « Sex and the city ». Celui qui part et qui revient. Celui qui la fait pleurer. Celui à cause de qui elle pète régulièrement un câble. Moi, je suis elle. Comme elle, je me suis blindée. Il fut un temps où j'étais si mal que j’acceptais d’avoir mal. Maintenant je vais bien et je veux me sentir vivante autrement que par la douleur.Le sexe pour le sexe, c’est notre liberté mais c’est aussi notre faiblesse.Je ne suis pas cynique.J’ai simplement developpé un sens aigu de l'auto-dérision. Ce qui ne m’empêche pas d’essayer de rester vraie.

ELLE. 2006. Propos receuillis par Antoine Silber

C'est mon histoire : « Je m'étais mariée avec un homo"

Valérie a 36 ans . Elle est aujourd'hui remariée avec deux enfants, mais avant, elle a vécu sept ans avec un homme qui la trompait avec des hommes. Elle raconte.



J'ai vécu sept ans avec un homosexuel. Sans le savoir ou sans vouloir le voir. Je ne vous dirais pas son prénom, ni son nom: il est journaliste télé , tout le monde le reconnaîtrait.
Aucun trace de féminité et cependant tous les signes d’appartenance à la communauté gay: un appartement dans le Marais, une fascination pour Sydney en Australie, une des villes gay friendly avec San Francisco. Il était un fan absolu de Dalida dont j’ai appris depuis qu’elle était une icône gay. Et il détestait mon meilleur ami, un homo qui aurait pu le mettre à jour.
Je l’ai connu en 1993, j’étais étudiante. A notre premier dîner, surprise: il arrive au restaurant avec un ami. Deuxième dîner, même chose, mais avec un autre garçon. Pour le troisième dîner, je lui demande de venir seul. C’est ce soir-là qu’on a fait l’amour la première fois.
Il n'était pas du tout sensuel. Je me disais qu'il était un mauvais amant, sans me poser plus de questions. Ce n'est pas que je ne prenais aucun plaisir, attention: c'était agréable, mais c’est tout, je ne grimpais pas aux rideaux. Après, longtemps aprés, quand nous nous sommes quittés, je lui ai dit que je n'avais jamais eu d'orgasme avec lui. Il en a été horriblement vexé et furieux.




J’avais vingt-quatre ans. Lui, huit de plus et pour être honnête, le sexe n’était pas ce qui m’intéressait le plus à l’époque. J’aimais son appartement du Marais, une sorte de caverne pleine de livres, du sol au plafond. Il partait en reportage au Rwanda ou en Bosnie et en revenant, il me racontait tout. C’était passionnant. J’aimais qu’il m’apprenne des choses, qu’il m’aide à réfléchir. Il me servait un peu de pygmalion, le reste je passais dessus.
« Il faut que ce soit clair» me disait-il « la vie quotidienne, mes caleçons à côté de tes petites culottes, tout ça, je ne supporte pas. ….» Moi je vivais dans un studio , dans le 7 ème , il m’assurait qu’il ne se marierait jamais. En fait , ça m’excitait, je me disais: « celui-là, je vais le mater ». Il aimait ma gaîté , ma joie de vivre. Au bout d’un an. Il me dit :« Bon on va se fiancer.» J’avais gagné. J’ai dit oui.
On s’est mariés l’été 97. A l’église, tout comme il faut.
Je crois que si, alors , il m’avait dit: « Ecoute Valérie, j’ai un passé homo mais je t’ai rencontrée, on s’est mariés devant Dieu et je veux maintenant qu’on fasse un bout de chemin ensemble , » ça aurait été différent, j’aurais compris. Mais non, il n’ a jamais pu m’avouer qu’il était homo ou bi. Et ce qui me déplait c’est ça, pas tellement qu’il aime les garçons, mais qu’il me trompe, qu’il me mente, qu’il m’ait menti toutes ces années !
On part en voyage de noces au Zimbabwé. J’emménage dans son appartement, j’étais heureuse. Un jour, je reviens d’un déplacement professionnel , je trouve un dim’ up dans le panier a linge sale. Je ne porte jamais de bas, ça descend, je ne trouve pas ça confortable. Ma première idée: « il me trompe! ». Le soir, je lui en parle: « Je ne sais pas ce que c’est. Demande à la femme de ménage, c’est peut-être être à elle… » Il me dit ça avec une telle sincérité!
L’été d’après, on va en vacances aux Antilles. Un matin, je vais chercher de la crème solaire dans la chambre. Son portefeuille tombe de sa veste . Une photo en sort, découpée dans un magazine. Elle représente un homme sous la douche en train de se donner du plaisir « Qu’est ce que c’est que ça? » « Rien. Ce n’est pas à moi…» Il était comme un petit garçon pris en faute: «Je te jure!»
Il pouvait être à la fois infantile et cynique. Avec un côté méprisant, cassant. Il ne voulait m’offrir que des livre . Chaque fois qu’il partait en reportage, il m’en laissait une pile: « lis-les, je t’interrogerai à mon retour ! » Et quand il allait dîner avec ses copains, il me disait: « je ne t’invite pas, tu ne comprendrais rien à la conversation ….»



Je voyais un psy depuis un an. Je n’abordais pas ce problème d’homosexualité pendant mes séances puisque je ne me doutais de rien, je ne comprenais rien. Il me conseillait de quitter mon mari. Pour lui, la manière dont il me parlait, c’était de la maltraitance! Il y avait un autre problème, nous voulions absolument un enfant et nous n’ y arrivions pas. J’avais fait des échographies ,des examens sanguins, je savais que de mon côté, tout allait bien. Je l’ai convaincu de faire des analyses. Les résultats arrivent: son spermogramme n’était pas bon, ça l’a rendu fou, il est devenu tout à fait insupportable.
On a fait trois tentatives d’insémination artificielle. Les trois ont échoué. La troisième fois, en juin 2000, je le vivais tellement mal que je n’arrêtais pas de pleurer. Et alors que j’avais vraiment besoin de lui, il décide de partir une nouvelle fois en voyage, aux Antilles. Me laissant dans la seule compagnie de mes deux chats. Avec ma tristesse , ma solitude.
Un soir , je l’appelle à Saint-Domingue, ça allait mal, je lui dis: « je n’en peux plus , je te quitte. » Il me répond: « arrête tes caprices ! » Je raccroche. Je pars . Le jour de son retour, je vais quand même l’acceuillir. Il était six heures du matin , j ’étais devant l’immeuble. Il sort du taxi, il me voit. Il avait un regard comme il n’avait jamais eu, très aimant, comme si la peur que je le quitte , d’un seul coup le faisait m’aimer . « Je ne veux pas que tu partes », me dit- il « Mais je suis déjà partie ». « Je ne peux pas vivre sans toi. Donnes-moi encore une chance …..» Je l’ ai accompagné a l’appartement. Quand il a vu que j’avais pris toutes mes affaires, mes objets, mes vêtements d’été et d’hiver, il a pété un câble. « Tu n’ es plus la femme que j’aimais. Ce mariage a été une erreur. Fiches le camp ! ».
Les semaines qui ont suivi, c’est devenu très douloureux. Il essayait de me rattraper, il m’envoyait des roses rouges. Un soir, je cède, je reviens, nous refaisons l’amour. Il me disait qu’il m’aimait, qu’il souffrait. Ca a été la dernière fois, après chacun a pris un avocat, il est devenu carrément odieux et ça a été une terrible bagarre, notamment pour des petites cuillères en argent qu’il m’ accusait de lui avoir volées. Et puis , un jour je tombe sur des photos de lui nu, en train de nager aux Antilles, avec un autre homme. Il n’y avait plus d’ équivoque. Mais bien sur, il était gay! Il s’était bien foutu de moi!
Je pose des questions autour de moi. « Tu sais au journal tout le monde savait qu’il était homo…» me dit –on. Mais alors pourquoi ne m’avait-on rien dit à moi ? Je me sentais la cruche de service, la naïve, la pauvre fille.



J’ai rencontré celui qui est actuellement mon mari deux mois après notre séparation. En Novembre 2000. Pendant le divorce, il était là, avec moi, tout le temps . Il me soutenait. Un homme splendide. Trois ans de moins que moi. Vraiment intelligent, lui. Avec l’intelligence du cœur.
Quand tout ça a été fini, il m’a offert une magnifique bague de fiançailles. Maintenant, il dirige une société de conseil, il a un super salaire, mais à ce moment-là, il finissait son service militaire, il n’avait pas un sou.
On s’est mariés en 2003, à la mairie. J’ai arrêté la pilule.Trois mois après, j’étais enceinte. J’ai revendu sur E-Bay la robe blanche que je portais a mon premier mariage . Je me suis débarrassée de toutes les photos avec lui. J’ai eu deux enfants en trois ans. Une fille puis un garçon et je peux dire qu’ aujourd’hui je suis vraiment heureuse.. D’autant que professionnellement, je réussis très bien.
Aujourd’hui, je dirais que mon premier mari était un homosexuel non déclaré qui voulait faire sa vie comme un hétéro. Et qu’il a tout raté ! Je ne sais pas ce qu’il est devenu et je m’en fous. On me dit qu’il est maintenant complètement homo. Mais qu’il fasse ce qu’il veut!
Cette histoire, mon mari et moi , maintenant on en rit. Mais je vous assure, ça a été dur. Pendant sept ans, j’ai vraiment porté ma croix.

ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber

mardi 5 février 2008

C'est mon histoire : « entre les trois mon coeur balance"

Elle ne peut pas se passer de Simon, son amant. Ni de d’ Arnaud, son « coup de foudre »….Le problème c’est qu’elle est mariée avec Pierre-André et qu’elle ne veut pas divorcer . Plongée dans l’adultère jusqu’au cou, Corinne, 38 ans, ne sait plus comment en sortir.









Je m’étais toujours dit que je ne mettrais jamais en péril mon couple avec des aventures. Et voilà que je suis plongée dans l’adultère jusqu’au cou …

Je suis mariée depuis quinze ans. J’habite un petit village à dix kilomètres d’une grande métropole de province. J'ai une vie professionnelle très remplie, intéressante socialement. Je suis commerciale
dans l’immobilier depuis 1995, fidèle au même patron, un des plus prestigieux employeurs du secteur. J'ai 2 magnifiques enfants, un fils en CM1, une fille en CE1. Et un mari que j’aime. Mais j’ai aussi deux amants et ma vie est devenue si compliquée que je me sens complètement perdue.


J’ai connu mon mari très tôt. A 17 ans. Je suis partie rapidement de la maison, mon père était strict, trop rigide. De 1992 où je l’ai épousé Pierre-André à novembre 2002, il n’y a eu que lui. J’aimais vivre en couple, je m’interdisais toute aventure. Mais mon fils est né et ça a été une révolution. J’avais 28 ans. Soudain, j’en avais marre d’être dans le moule, d’être la bonne fille , la bonne épouse , la bonne mère. La femme modèle. Je voulais vivre plus pour moi. Pierre-André était d’une jalousie maladive . Chaque fois que j’allais a un dîner ou que j’avais un déplacement, c’était de terribles crises de jalousie. Comme du harcèlement Deux ans après ,on était en 200O, ma fille est née. Je me suis un peu calmée. Mais le fait que je travaille , dans un milieu d’hommes surtout, continuait a poser un problème à Pierre-André. Comme s’il craignait de perdre le contrôle de notre vie...



J’ai toujours mieux réussi que mon mari . Il est dans la vente aussi.En apparence, c’est un homme sûr de lui. Il est beau. Il plait beaucoup. Mais il n’est pas stable. Il a connu plusieurs boites. L’an dernier, il était encore aux assedic pendant 5 mois. Dans mon milieu , les gens ont beaucoup d’aventures . Je lui racontais les autres couples, les coucheries autour de moi, ce qui se passait dans mon travail a moi. Je n’aurais pas dû , ça le faisait encore plus gamberger . Il s’imaginait le pire et forcément, le pire est arrivé.



Simon est plutôt petit, très maigre, le front dégarni . Il est largement moins bien physiquement que Pierre André…. On travaillait ensemble. Lui à Paris , moi dans ma ville. Mais toujours en lien , au téléphone ou par mails. Très pro et très complices . En janvier 2003, pendant un séminaire de travail, on se retrouve dans une chambre d’ hôtel et c’est le début d'une passion amoureuse qui depuis n’a jamais cessé. Il est marié lui aussi. Il connaît tout de ma vie. Je connais tout de la sienne. Entre nous, jamais une engueulade. Ce qui est étrange, c’est que c’est avec mon mari que les relations sont passionnelles. Avec Simon, c’est serein, reposant , agréable. Enrichissant.



En 2004, j’étais toujours aussi folle de lui, comme droguée au sexe, dopée aux émotions. Et c’est a ce moment là que j’ai eu cette autre aventure avec Arnaud ….C’était à une soirée, un dîner, une tres grosse opération de notre société. Homard . Champagne .ETc. Et lui, là, en face de moi . Cet homme très blond , les yeux très verts. Il s’appelait Arnaud . Je le regardais . Je degoulinais de désir . Un coup de foudre . Un truc physique qui m’empéchait soudain de réfléchir. Complètement incontrolable . Simon et Pierre-André n’existaient plus. Je me suis laissée embarquer. J'ai passé une nuit folle, magique. Pierre-André essayait de me joindre, je m’en foutais.



Je suis rentrée au petit matin , je n’avais encore jamais découchée. Il était inquiet, il n’avait pas dormi de la nuit. J’arrive. Un signal sur mon portable. J’avais déjà un SMS d’Arnaud: « c’était fabuleux.Tu me manques déjà ». J’ai tout dit à Pierre-André . Tout. Enfin, ce qui venait de se passer, pas mon histoire avec Simon ! Il s’est mis en colère et la crise a duré jusqu’au jusqu’en août. J’ai revu Arnaud. Tout le monde autour de moi l’a su . Mes parents avaient peur qu’on se sépare mais ils ne m’ont à aucun moment jugée, condamnée. « Tu dois avoir tes raisons ». Mon père était si ému . Il m’a dit des choses très personnelles qui m’ont touchée. Et puis peut a peu tout est rentré dans l’ordre. Si l’on peut dire.



Pierre-André, mon mari ne savait rien de mon histoire avec Simon. Aujourd’hui encore, il n’est pas au courant….. En 2004, au moment d’Arnaud , j’ai eu envie de tout lui dire ,de tout lâcher. Impossible . On a beaucoup parlé mais pas de ça. Il est allé voir quelqu’un, un psy . Moi je parlais aussi avec Simon. Comme je le dis , lui c’est ma bouée de sauvetage. Il comprend tout. Il ne me demande rien , sinon d’être là… Si aujourd’hui je lui disais : « On part ensemble, tu es d’accord ? « Il viendrait. Il me le répète souvent.



J’ai déjà envisagé de quitter Pierre-André bien sûr , mais je ne peux pas, tout simplement pas, imaginer une séparation . Je crois au couple, à la famille . La vie est remplie de gens qui se séparent .Moi je ne veux pas vivre ça. Je veux tenir . Même si c’est dur . Même si parfois Simon ne suffit plus non plus et que je vais retrouver Arnaud. Même si je vis tout ça mal , que souvent je me sens sale. J’ai honte. Oui j’ai honte parfois . Je ne me sens pas a la hauteur des espérances que j’avais mises dans ma vie.



J’ai 38 ans. Pierre André, 40 dans quelques jours. Je ne veux pas détruire tout ce qu’on a construit ensemble . Ma famille. Mon rêve. Simon me comprend. Il me propose qu’on vive tout ça sereinement. J’aimerais mais je suis une affective et c’est si compliqué de toujours mentir . C e secret est si lourd ! Tout dire à Pierre-André pour Simon ? Il ne le supporterait pas ! Il m’a pardonné l’histoire Arnaud , il est moins jaloux maintenant , il me laisse plus de liberté et notre couple est différent de qu’il était avant. Plus solide , je crois . Mais je ne veux pas risquer de repartir dans la crise. Alors , daccord , je pourrais me dire que c’est une chance pour moi de vivre entre deux hommes très amoureux . Deux types bien . Et un autre Arnaud, mon coup de foudre, que je ne peux pas m’empêcher non plus de voir de temps en temps, sans que ça prête a conséquence. Je me dis ça mais juste après je regarde Pierre -André . Il est tellement entier lui, tellement peu dans la duplicité . Ce n’est pas possible , je ne veux plus le faire souffrir . Aujourd’hui entre nous la confiance est restée . Ou alors si elle était partie a un moment, elle est revenue. Est ce qu’ il s’inquiète encore? En tous cas il ne me le dit pas . Il prend sur lui. Autant a l’époque où il était si jaloux que c’en était insupportable , ça ne m’aurait pas génée de le faire souffrir, autant maintenant, non . Il s’est remis en question, il a fait des efforts. Il cherche tout le temps à ce qu’on soit mieux ensemble . Je ne veux pas casser ça.



J’aimerais revenir à une vie plus tranquille avec lui. Mais est-ce que c’est possible ? Je n’arrive jamais a couper net avec Simon , à me dépatouiller de lui , c’est une vraie torture parfois . Depuis deux semaines , je pense a changer de boulot. Pour ne plus le voir …..Pierre-André a un rêve lui . Qu’on parte habiter dans le sud , travailler là bas . Il aime les sports aquatiques. Il se verrait bien faire du surf le matin avant d’aller au bureau .Partir,c’est peut être une solution. J’hésite . Il m’arrive de me dire aussi que j’ aime cette situation , que je l’ai cherchée que ça met du piment dans ma vie de bobo de province qui autrement en serait sacrément dépourvue . Peut-être même est-ce que je ne pourrais pas vivre sans tous ces hommes autour de moi. Peut-être est-ce que je suis plus attirée par le secret que je ne le crois . Que c’est cela qui m’émeut, qui m’excite. La transgression. L’interdit. Les rendez vous furtifs. Cette vie parallèle dont je ne peux parler à personne .Et ce secret , certains jours , si lourd à porter.



ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber