vendredi 18 janvier 2008

C'est mon histoire « C’était à Etretat, un soir de novembre… »

Aujourd’hui, Johnny n’a jamais été aussi populaire et Richard Antony fait salle comble. Au milieu de ce revival yéyé, Virginie, 49 ans, se souvient avec émotion de sa rencontre avec Lucky Blondo. Le chanteur de son enfance….










« Menthe ou grenadine? » « Pardon ? » « Le diabolo ? » « Menthe, s’il vous plaît … » Quand j’étais entrée dans ce petit bar, j’avais tout de suite flashé sur ses yeux, son sourire. Il était tout seul, il gratouillait sa guitare sur un coin de banquette. Il est venu vers ma table, il m’a servi mon verre puis il est retourné s’asseoir sur la banquette. Il a repris sa guitare, s’est remis à chantonner. « Mais cette chanson, je la connais, c’est quoi ? » Il m’a encore souri :« C’est une de celles que je chantais.» Je le regardais , je ne comprenais pas. « Vous ne me reconnaissez pas ? je suis Lucky Blondo ! »


Pour les 20-30 ans , il faut que je précise: Lucky Blondo était un chanteur yéyé très populaire dans les années 60. Une idole, comme on disait. Là, ça se passait quelques années après , dans les années 70. J’avais 18 ans. C’était un samedi de novembre. J’étais venue en week end à Etretat chez des amis de mes parents. il était sept heures ou sept heures et demi du soir, je marchais dans la brume , sur le perrey, ce chemin qui longe la mer. Je m’étais arrétée dans ce bar par hasard. Et je tombais sur lui. Le choc .




Vous voyez, c’est un peu comme si aujourd’hui je rencontrais par hasard Vincent Delerm ou Raphaël et que je ne le reconnaisse pas! On regardait moins la télé alors et les clips n’existaient pas. En plus cela faisait quelques années déjà qu’il n’avait plus fait de tube. N’empèche je me sentais bète, je m’attendais tellement peu aussi à le voir là , aussi. Parmi les chanteurs yéyé, pour moi, il y avait eu Johnny et lui. Les autres n’existaient pas. Johnny, c’était l’énergie, la force pure. Lucky, c’était « the voice » , cette voix de velours tellement reconnaissable. Et ce sourire enjôleur. Il avait eu un énorme succés avec « Sur ton visage une larme » Quand j’entendais ça, je fondais. Il y avait eu cette autre chanson: « Des roses rouges pour un ange blond» Je ne crois pas qu’à l’époque j’étais un ange mais j’étais blonde. Et amoureuse de lui bien avant de le rencontrer. Alors le jour, où je me suis retrouvée a un mètre de lui dans ce bar sombre et où il chantait juste pour moi….



Il m’a demandé quelle chanson j’aimerais entendre. Je lui ai repondu : « vous souvenez vous ? » Et il s’est mis à la chanter de son incroyable voix qui partait si loin dans les graves . Du velours. De la soie. Il a enchainé avec « Tout le monde un jour ». J’avais devant moi le plus séducteur de tous les chanteurs yéyé , il chantait : »Tout le monde un jour peut trouver l’amour/ parfois quand on s'y attend le moins/ Souvent quand on y croit plus / Il vous tend la main… » Et il disait tout ça, tous ces mots d’amour , en me regardant dans les yeux !



Mais qu’ est ce qu’il faisait là ? Qu’est ce qu’il était devenu tout ce temps ? « On ne vous entendait plus ? Vous aviez disparu ? » Il me répond : « Oui, ca ne marchait plus … » Mais vous faites quoi maintenant ? » « Pas grand chose. Tu sais , la gloire très jeune, ce n’est pas forcément facile à vivre »



Il me tutoyait. Je n’avais pas froid aux yeux, moi, à 18 ans mais je ne pouvais pas lui dire tu, je n’osais pas. Il devait avoir quelquechose comme 32 ans.Il me paraissait très …adulte. Il a commencé à me raconter sa vie . Il s’était marié, il parlait de sa femme avec une grande douceur. Mais où était elle , sa femme ? Ils avaient ouvert cet hotel face a la mer. Il n’y avait que quelques chambres au dessus. Il a levé les yeux en montrant le plafond. Il aimait Etretat, le vent , la brume , les mouettes, marcher sur les falaises. Je l’écoutais. Je me disais que c’était ce dont il avait besoin: qu’on l’écoute. Je pensais: il a eu le succés, la gloire , l’argent, les femmes aussi probablement et voilà, il se retrouvait dans ce bar sombre, un samedi soir de novembre, seul, l’air un peu triste …...



« Il faut que vous me chantiez « une larme sur mon visage » , c’est ma préférée… ».

J’étais venue à Etretat pour un week end iodé , je me retrouvais sur une banquette à côté de lui, la tête dans les mains, les yeux embués , tellement j’étais heureuse de l’entendre chanter . Je chantais avec lui. J’espérais qu’après , à la fin de la chanson, il poserait sa guitare, qu’il me prendrait par la main , qu’il me dirait : « viens » . Je me disais qu’on allait monter l’escalier ensemble, serrés l’un contre l’autre. Parcequ’il y avait cet escalier là dans le coin de la salle, je me demandais comment c’était au dessus. Et comment était le papier peint dans leur chambre? Je regardais cet escalier. Je me souviens les premières marches partaient de derrière la banquette, dans la pénombre. J’espérais…Malheureusement ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Il en a eu assez de chanter. Il y avait un tourne-disque derrière le comptoir, il s’est levé,oui , mais il est simplment allé mettre un disque , un vynil. Il est revenu vers moi . Il m’a pris la main et on a dansé tous les deux au milieu des tables . Le disque s’est arrété . Il a dit : « Bon il commence a être tard, on va fermer.» Et on s’est quittés comme ça , sur un simple « Salut ! » Sans même se faire une bise..



S’il m’avait dit: « Bon , viens ,on monte dans ma chambre , »c’est sûr, je n’aurais pas hesité, je l’aurais suivi. J’aurais dit oui. C’est pour ca qu’aujourd’hui je me souviens de tout aussi clairement. Ce qui s’est passé ce soir-là à Etretat je ‘lai ressenti après comme une vraie déception amoureuse . J’avais l’impression queje lui plaisais, qu’il y avait eu une vraie rencontre. Il m’avait parlé. Il s’était confié . Un homme qui se raconte, c’est rare. C’est émouvant. Il était émouvant, oui, Lucky.Et moi j’étais déçue . J’avais ‘limpression de l’avoir un peu raté. Est ce que je ne lui avais pas fait peur en arrivant comme ça dans la nuit? Est ce que je pouvais l’interesser, moi, une petite fan debarquant à l’improviste , trop innocemment, trop facilement offerte ?A l’époque, j’étais plutôt fleur bleue, je m’enflammais en une seconde. Il ne me plaisait pas seulement parcequ’ il était un chanteur populaire et que j’étaisune simple fan , il était beau, gentil, j’étais fiere d’avoir eu le privilége de passer ce moment avec lui. Sûre qu’il n’avait pas non plus été insensible à moi .



Je ne l’ai plus jamais revu. Ni plus jamais entendu a la radio . Quelle vie a t il vécu ? Un jour, j’ai découvert qu’il s’était reconverti dans la pub , qu’il était l’auteur de ce jingle génial « chez Casto, y’a tout ce qu’ y faut ». L’an dernier, je suis retournée à Etretat. Je suis allée me promener sur le perrey, je repensais à lui, à cette soirée-là . Il y avait la meme brume, les mêmes mouettes dans le ciel , je m’attendais presque à le revoir . Mais l’hotel n’existait plus . Ni le bar. J’étais triste, nostalgique. Je regardais cette maison qui était devenue une maison de vacances comme les autres. Je me rappelais mes dix-huit ans. Lucky était bien loin.



Il n’y a pas longtemps,j’ai trouvé deux clips de lui sur Daly motion. Je me disais: et si lui aussi revenait ? Oui, Lucky, ou Gérard puisque c’est ton vrai prénom. Tu t’appelles Gérard Blondiaux. Oui, pourquoi ne participes-tu pas à la grande tournée revival des vedettes yéyé? Ils sont tous là: Richard Antony, Leni Escudero. Et même François Deguelt. Tu te rends compte :François Deguelt ! Mais toi? Pourquoi est-ce qu’on ne te voit pas ? Je ne dois pas être la seule à qui tu manques.


L’autre jour, je racontais dans un dîner ma passion pour toi. Quelqu’un a dit : « C’est vrai, il etait important Lucky Blondo, c’était le Jean Sablon du Rock. Il aurait pu devenir le Sinatra français! » Alors, Lucky, si tu lis ça, peut-être vas- tu te dire que je suis une dingue , que je fais une fixation sur toi. Mais j’aimerais tant que tu te souviennes de nous deux, ce soir là , dans ton petit bar , à Etretat. Et si au moins tu pouvais seulement me donner de tes nouvelles…Est-ce que tu pourrais sortir de ton silence? Juste pour moi ?

ELLE. 2007. Propos receuillis par Antoine Silber

4 commentaires:

Unknown a dit…

Et oui comme quoi on peut etre une idole comme johnny et puis apres plus,c est domage pour une di belle voix,il n avait rien a envier a cloclo,et sacha distel,quel gachie

Unknown a dit…

La meme chose pour dany logan des pirates,et il est mort ampute d u e jambe et ruine,j espere que son epouse s en ai remise,je la salue

Unknown a dit…

Et georgette lemaire,quel destin,ruinee,il est ou le show biz,la reconnaissance.

Unknown a dit…

Y a personne qui compatie,et me soutiendra dans mes propos,y que herbert leonard sui pourrais me repondre,c est un grand chanteur et crooner,il a egalement eu une carriere en dent de scie,cet ex guitariste des jets et lionceaux,il allait clouer au poteau johnny